ACTE II, SC EXE I
Et comme noftre esprit jusqu'au dernier foufpir Toujours vers quelque objet pouffe quelque defïr, Il fe ramène en foy n'ayant plus où fe prendre, Et monté fur le faifte il aspire à descendre. J'ay fouhaité l'Empire, & j'y fuis parvenu, Mais en le fouhaitant je ne l'ay pas connu. Dans fa poffeffion j'ay trouvé pour tous charmes, D'effroyables foucis, d'éternelles alarmes, Mille ennemis fecrets, la mort à tous propos, Point de plaifir fans trouble, & jamais de repos. Sylla m'a précédé dans ce pouvoir fupréme, Le grand Céfar mon père en a joùy de mefme, D'un œil fi différent tous deux l'ont regardé, Que l'un s'en eft démis & l'autre l'a gardé : Mais l'un cruel, barbare, eft mort aimé, tranquille, Comme un bon Citoyen dans le fein de fa ville, L'autre tout débonnaire, au milieu du Sénat, A veu trancher fes jours par un affaffinat. Ces exemples récens fuffiroient pour m'instruire, Si par l'exemple feul on fe devoit conduire, L'un m'invite à le fuivre, & l'autre me fait peur : Mais l'exemple fouvent n'eft qu'un miroir trompeur, Et l'ordre du Destin qui gefne nos penfées N'eft pas toujours écrit dans les chofes paffées. Quelquefois l'un fe brife, où l'autre s'eft fauve, Et par où l'un périt, un autre eft confervé.
Voila, mes chers amis, ce qui me met en peine. Vous qui me tenez lieu d'Agrippé & de Mécène, Pour réfoudre ce point avec eux débatu, Prenez fur mon esprit le pouvoir qu'ils ont eu. Ne confidérez point cette grandeur fupréme,
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Odieufe aux Romains. & pelante à moy-mefme, Traitez-moy comme amy, non comme Souverain ; Rome, Auguste, l'Etat, tout eft en voftre main. Vous mettrez, & l'Europe, & l'Afie, & l'Afrique, Sous les loix d'un Monarque, ou d'une République, Voftre avis eft ma régie, & par ce feul moyen Je veux eftre Empereur, ou fimple Citoyen.
Malgré noftre furprife & mon infuffïfance, Je vous obéiray, Seigneur, fans complaifance, Et mets bas le resped qui pourroit m'empefcher De combatre un avis où vous femblez pancber. Souffrez-le d'un esprit jaloux de voftre gloire Que vous allez fouiller d'une tache trop noire, Si vous ouvrez voftre ame à ces impreiïions, Jusques à condamner toutes vos allions.
On ne renonce point aux grandeurs légitimes, On garde fans remords ce qu'on acquiert fans crimes, Et plus le bien qu'on quitte eft noble, grand, exquis, Plus qui l'ofe quitter le juge mal acquis. N'imprimez pas, Seigneur, cette honteufe marque A ces rares vertus qui vous ont fait Monarque, Vous l'êtes justement, & c'eft fans attentat Que vous avez changé la forme de l'Etat. Rome eft deffous vos loix par le droit de la guerre Qui fous les loix de Rome a mis toute la Terre, Vos armes l'ont conquife, & tous les conquérants, Pour eftre ufurpateurs, ne font pas des Tyrans, Quand ils ont fous leurs loix affervy des Provinces, Gouvernant justement ils s'en font justes Princes