ACTE II, SCENE r
Les Parthes, les Perfans veulent des Souverains, Et le feul Confulat eft bon pour les Romains.
Il eft vray que du Ciel la prudence infinie Départ à chaque Peuple un différent Génie ; Mais il n'eft pas moins vray que cet ordre des Cieux Change félon les temps, comme félon les lieux. Rome a reçeu des Rois fes murs & fa naiffance, Elle tient des Confuls fa gloire & fa puiffance, Et reçoit maintenant de vos rares bontez Le comble fouverain de fes prospéritez.
Sous vous l'Etat n'eft plus en pillage aux Armées, Les portes de Janus par vos mains font fermées, Ce que fous les Confuls on n'a veu qu'une fois, Et qu'a fait voir comme eux le fécond de fes Rois.
Les changemens d'Etat que fait l'ordre céleste Ne coûtent point de fang, n'ont rien qui foit funeste.
C'eft un ordre des Dieux qui jamais ne fe rompt,
De nous vendre un peu cher les grands biens qu'ils nous font.
L'éxil des Tarquins mefme enfanglanta nos terres,
Et nos premiers Confuls nous ont coûté des guerres.
MAXIME
Donc voftre ayeul Pompée au Ciel a refisté, Quand il a combatu pour noftre liberté?
Si le Ciel n'euft voulu que Rome l'euft perdue, Par les mains de Pompée il l'auroit défendue, Il a choify fa mort pour fervir dignement D'une marque éternelle à ce grand changement, Et devoit cette gloire aux Mânes d'un tel homme, D'emporter avec eux la liberté de Rome.
Ce nom depuis long-temps ne fert qu'à l'éblouir, Et fa propre grandeur l'empefche d'en jouir. Depuis qu'elle fe voit la maîtreffe du Monde, Depuis que la richeffe entre fes murs abonde, Et que fon fein fécond en glorieux exploits Produit des Citoyens plus puiffants que des Rois, Les Grands pour s'affermir achetant les fuffrages, Tiennent pompeufement leurs maiftres à leurs gages, Qui par des fers dorez fe laiffant enchaifner Reçoivent d'eux les loix, qu'ils penfent leur donner. Envieux l'un de l'autre, ils mènent tout par brigues, Que leur ambition tourne en fanglantes ligues. Ainfi de Marius Sylla devint jaloux, Céfar de mon ayeul, Marc Antoine de vous; Ainfi la liberté ne peut plus eftre utile Qu'à former les fureurs d'une guerre civile, Lors que par un defordre à l'Univers fatal L'un ne veut point de maiftre, & l'autre point d'égal.
Seigneur, pour fauver Rome il faut qu'elle s'uniffe En la main d'un bon Chef à qui tout obéïffe. Si vous aimez encor à la favorifer, Oftez-luy les moyens de fe plus divifer. Sylla quittant la place enfin bien ufurpée