‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 147 sur 254 · ACTE II, SC EXE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SC EXE I

N'a fait qu'ouvrir le champ à Céfar & Pompée, Que le malheur des temps ne nous euft pas fait voir, S'il euft dans fa famille affeuré fon pouvoir. Qu'a fait du grand Céfar le cruel parricide, Qu'élever contre vous Antoine avec Lépide, Qui n'euffent pas détruit Rome par les Romains, Si Céfar euft laiffé l'Empire entre vos mains? Vous la replongerez, en quittant cet Empire, Dans les maux dont à peine encor elle respire, Et de ce peu, Seigneur, qui luy reste de fang Une guerre nouvelle épuifera fon flanc.

Que l'amour du païs, que la pitié vous touche, Voftre Rome à genoux vous parle par ma bouche. Confidérez le prix que vous avez coûté, Non pas qu'elle vous croye avoir trop acheté, Des maux qu'elle a foufferts elle eft trop bien payée, Mais une juste peur tient (on ame effrayée. Si jaloux de fon heur & las de commander Vous luy rendez un bien qu'elle ne peut garder, S'il luy faut à ce prix en acheter un autre, Si vous ne préférez fon intéreft au voftre, Si ce funeste don la met au defespoir, Je n'ofe dire icy ce que j'ofe prévoir. Confervez-vous, Seigneur, en luy laiffant un maiftre Sous qui fon vray bonheur commence de renaiftre, Et pour mieux affeurer le bien commun de tous, Donnez un fucceffeur qui foit digne de vous.

AUGUSTE

N'en délibérons plus, cette pitié l'emporte,

Mon repos m'eft bien cher, mais Rome eft la plus forte,

Et quelque grand malheur qui m'en puiffe arriver,

Je confens à me perdre afin de la fauver.

Pour ma tranquillité mon cœur en vain foufpire,

Cinna, par vos confeils je retiendray l'Empire,

Mais je le retiendray pour vous en faire part.

Je voy trop que vos cœurs n'ont point pour moy de fard,

Et que chacun de vous dans l'avis qu'il me donne,

Regarde feulement l'Etat, & ma perfonne,

Voftre amour en tous deux fait ce combat d'esprits,

Et vous allez tous deux en recevoir le prix.

Maxime, je vous fais Gouverneur de Sicile. Allez donner mes loix à ce terroir fertile, Songez que c'eft pour moy que vous gouvernerez, Et que je répondray de ce que vous ferez. Pour époufe, Cinna, je vous donne ^Emilie, Vous fçavez qu'elle tient la place de Julie, Et que fi nos malheurs & la néceflité M'ont fait traiter fon père avec févérité, Mon Epargne depuis en fa faveur ouverte Doit avoir adoucy l'aigreur de cette perte. Voyez-la de ma part, tafchez de la gagner, Vous n'êtes point pour elle un homme à dédaigner, De l'offre de vos vœux elle fera ravie. Adieu, j'en veux porter la Nouvelle à Livie.

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