‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 159 sur 254 · ACXE III, SCEN'E IV · texte numérisé non relu

ACXE III, SCEN'E IV

Le Ciel a trop fait voir en de tels attentats

Qu'il hait les afTaffins, & punit les ingrats,

Et quoy qu'on entreprenne, & quoy qu'on exécute,

Quand il élève un trofne, il en venge la chute,

Il fe met du party de ceux qu'il fait régner,

Le coup dont on les tuë eft long-temps à faigncr,

Et quand à les punir il a pu fe réfoudre,

De pareils châtimens n'appartiennent qu'au foudre.

Dy que de leur party toy-mefme tu te rens, De te remettre au foudre à punir les Tyrans.

Je ne t'en parle plus, va, fers la Tyrannie; Abandonne ton ame à fon lafche Génie, Et pour rendre le calme à ton esprit flotant, Oublie, & ta naiffance, & le prix qui t'attend. Sans emprunter ta main pour fervir ma colère, Je fçauray bien venger mon pais & mon père. J'aurois déjà l'honneur d'un fi fameux trépas, Si l'Amour jusqu'icy n'euft arrêté mon bras : C'eft luy qui fous tes loix me tenant affervie M'a fait en ta faveur prendre foin de ma vie ; Seule contre un Tyran en le faifant périr Par les mains de fa Garde il me falloit mourir, Je t'euffe par ma mort defrobé ta captive ; Et comme pour toy feul l'Amour veut que je vive, J'ay voulu, mais en vain, me conferver pour toy, Et te donner moyen d'eftre digne de moy.

Pardonnez-moy, grands Dieux, fi je me fuis trompée

Quand j'ay penfé chérir un neveu de Pompée,

Et fi d'un faux femblant mon esprit abufé

A fait chois d'un esclave en fon lieu fuppofé.

Je t'aime toutefois, quel que tu puiffes eftre,

Et fi pour me gagner il faut trahir ton Maiftre,

Mille autres à l'envy recevroient cette loy,

S'ils pouvoient m'acquérir à mefme prix que toy .

Mais n'appréhende pas qu'un autre ainfi m'obtienne,

Vy pour ton cher Tyran tandis que je meurs tienne,

Mes jours avec les fiens fe vont précipiter,

Puisque ta lafcheté n'ofe me mériter.

Vien me voir dans fon fang, & dans le mien baignée,

De ma feule vertu mourir accompagnée,

Et te dire en mourant d'un esprit fatisfait :

ISTaccufe point mon fort, c'eft toy feul qui l'as fait.

Je descens dans la tombe où tu m'as condamner,

Où la gloire me fuit qui t'ètoit destinée.

Je meurs en détruifant un pouvoir abfolu,

Mais je vivrois A toy, fi tu l'avois voulu.

Et bien, vous le voulez, il faut vous fatisfaire,

Il faut affranchir Rome, il faut venger un père,

Il faut fur un Tyran porter de justes coups :

Mais apprenez qu'Auguste eft moins Tyran que vous.

S' il nous ofte à fon gré nos biens, nos jours, nos femm es,

Il n'a point jusqu'icy tyrannifé nos âmes;

Mais l'empire inhumain qu'exercent vos beautez

Force jusqu'aux esprits, & jusqu'aux volontez.

Vous me faites prifer ce qui me deshonore ,

Vous me faites haïr ce que mon ame adore,

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