‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 164 sur 254 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

Ciel, à qui voulez-vous déformais que je fie

Les fecrets de mon ame, & le foin de ma vie?

Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis,

Si donnant des Sujets, il ofte les amis,

Si tel eft le Destin des grandeurs fouveraines

Que leurs plus grands bien-faits n'attirent que des haines,

Et fi voftre rigueur les condamne à chérir

Ceux que vous animez à les faire périr.

Pour elles rien n'eft feur, qui peut tout, doit tout craindre.

Rentre en toy-mefme, Octave, &cefledete plaindre,

Quoy, tu veux qu'on t'épargne & n'as rien épargné !

Songe aux fleuves de fang où ton bras s'eft baigné,

De combien ont rougy les cbamps de Macédoine,

Combien en a verfé la défaite d'Antoine,

Combien celle de Sexte, & revoy tout d'un temps

Péroufe au fien noyée, & tous fes Habitants.

Remets dans ton esprit après tant de carnages

De tes proscriptions les fanglantes images,

Où toy-mefme des tiens devenu le bourreau

Au fein de ton Tuteur enfonças le couteau,

Et puis ofe accufer le Destin d'injustice

Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton fupplice,

Et que par ton exemple à ta perte guidez

Ils violent des droits que tu n'as pas gardez.

Leur trahifon eft juste, & le Ciel l'authorife,

Quitte ta Dignité comme tu l'as acquife,

Rens un fang infidelle à l'infidélité,

Et fouffre des ingrats après l'avoir été.

Mais que mon jugement au befoin m'abandonne! Quelle fureur, Cinna, m'accufe & te pardonne? Toy, dont la trabifon me force à retenir Ce pouvoir fouverain dont tu me veux punir, Me traite en criminel, & fait feule mon crime, Relève, pour l'abatre, un Trofne illégitime, Et d'un zélé effronté couvrant fon attentat, S'oppofe, pour me perdre, au bonheur de l'Etat ? Donc jusqu'à l'oublier je pourrois me contraindre ! Tu vivrois en repos après m'avoir fait craindre! Non non, je me trahis moy-mefme d'y penfer,

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