‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 165 sur 254 · ACTE IV, SC EX F. II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SC EX F. II

Qui pardonne aifément invite à l'offencer, Puniflbns l'afiafiin, proscrivons les complices.

Mais quoy ! toujours du fang, & toujours des fupplices ! Ma cruauté fe laffe, & ne peut s'arrêter, Je veux me faire craindre, & ne fais qu'irriter; Rome a pojur ma ruine une Hydre trop fertile, Une tefte coupée en fait renaiftre mille, Et le fang répandu de mille conjurez Rend mes jours plus maudits, & non plus affeurez. Octave, n'atten plus le coup d'un nouveau Brute, Meurs, & defrobe-luy la gloire de ta chute, Meurs, tu ferois pour vivre un lafche & vain effort Si tant de gens de cœur font des vœux pour ta mort, Et fa tout ce que Rome a d'illustre jeuneffe Pour te faire périr tour à tour s'intéreffe : Meurs, puisque c'eft un mal que tu ne peux guérir, Meurs enfin, puisqu'il faut, ou tout perdre, ou mourir. La vie eft peu de chofe, & le peu qui t'en reste Ne vaut pas l'acheter par un prix fi funeste, Meurs. Mais quitte du moins la vie avec éclat, Eteins-en le flambeau dans le fang de l'ingrat, A toy-mefme en mourant immole ce perfide, Contentant fes defirs, puny fon parricide, Fais un tourment pour luy de ton propre trépas, En faifant qu'il le voye, & n'en joùiffe pas. Mais joûiflbns plûtoft nous-mefmes de fa peine, Et fi Rome nous hait, triomphons de fa haine.

O Romains, ô vengeance, ô pouvoir abfolu, O rigoureux combat d'un cœur irréfolu Qui fuit en mefme temps tout ce qu'il fe propofe, D'un Prince malheureux ordonnez quelque chofe.

Qui des deux doy-je fuivre, & duquel m'éloigner? Ou laiffez-moy périr, ou laiffez-moy régner.

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