‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 17 sur 254 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour. Cher & cruel espoir d'une ame généreufe, Mais enfemble amoureufe, Digne ennemy de mon plus grand bonheur,

Fer, qui caufes ma peine, M'és-tu donné pour venger mon honneur?

M'és-tu donné pour perdre ma Chiméne ?

Il vaut mieux courir au trépas, Je dois à ma Maîtreffe aulh-bien qu'à mon père, J'attire en me vengeant fa haine & fa colère, J'attire fes mépris en ne me vengeant pas. A mon plus doux espoir l'un me rend infidelle, Et l'autre, indigne d'elle.

Mon mal augmente à le vouloir guérir,

Tout redouble ma peine, Allons, mon ame, & puisqu'il faut mourir, Mourons du moins fans offencer Chiméne.

Mourir fans tirer ma raifon !

Rechercher un trépas fi mortel à ma gloire 1 Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire D'avoir mal foûtenu l'honneur de ma maifon î Respecter un amour dont mon ame égarée Voit la perte afïeurée!

N'écoutons plus ce penfer fuborneur

Qui ne fert qu'à ma peine, Allons, mon bras, fauvons du moins l'honneur, Puisqu'après tout il faut perdre Chiméne.

Ouy, mon esprit s'étoit déçeu, Je doy tout à mon père avant qu'à ma Maîtreffe :

né

Que je meure au combat, ou meure de tristeiïe, Je rendray mon fang pur, comme je l'ay reçeu. Je m'accufe déjà de trop de négligence, Courons à la vengeance, Et tout honteux d'avoir tant balancé,

Ne foyons plus en peine (Puisqu'aujourd'huy mon père eft l'offencéi Si l'offenceur eft père de Chiméne.

Fin du premier ~ ' Aâe.

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