‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 18 sur 254 · D. ARIAS, LE COMTE · texte numérisé non relu

D. ARIAS, LE COMTE

LE COMTE

Je l'avoue entre nous, mon fang un peu trop chaud S'eft trop émeu d'un mot, & l'a porté trop haut, Mais puisque c'en eft fait, le coup eft fans remède.

D. ARIAS

Qu'aux volontez du Roy ce grand courage cède, Il y prend grande part, & fon cœur irrité Agira contre vous de pleine authorité.

Audi vous n'avez point de valable défence. Le rang de l'offencé, la grandeur de l'offence, Demandent des devoirs & des fubmiffions, Qui paffent le commun des fatisfaclions.

LE COMTE

Le Roy peut, à fon gré dispofer de ma vie.

De trop d'emportement voftre faute eft fuivie Le Roy vous aime encor, apaifez fon couroux, Il a dit, Je le veux. Defobéirez-vous?

LE COMTE

Monfieur, pour conferver tout ce que j'ay d'estime, Defobéir un peu n'eft pas un fi grand crime, Et quelque grand qu'il foit, mes fervices prefens Pour le faire abolir font plus que fuffifants.

D. ARIAS

Quoy qu'on tafie d'illustre & de confidérable, Jamais à fon Sujet un Roy n'eft redevable : Vous vous flatez beaucoup, & vous devez fçavoir Que qui fert bien fon Roy ne fait que fon devoir. Vous vous perdrez, Monfieur, fur cette confiance.

LE COMTE

Je ne vous en croiray qu'après l'expérience.

D. ARIAS

Vous devez redouter la puiffance d'un Roy.

LE COMTE

Un jour feul ne perd pas un homme tel que moy. Que toute fa grandeur s'arme pour mon fupplice , Tout l'Etat périra, s'il faut que je périffe.

D. ARIAS

Quoy? vous craigne? fi peu le pouvoir fouverain...

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