ACTE IV, SC EXE IV
Et qu'il mande Cinna, pour prendre avis de luy. Mais ce qui m'embaraffe, & que j e viens d'apprendre , C'eft que deux inconnus fe font faiûs d'Evandre, Qu'Euphorbe eft arrêté, fans qu'on fçache pourquoy , Que mefme de fon maiftre on dit je ne fçay quoy, On luy veut imputer un defespoir funeste, On parle d'eaux, de Tybre, & l'on fe taift du reste.
Que de fujets de craindre & de defespérer,
Sans que mon triste cœur en daigne murmurer !
A chaque occafion le Ciel y fait descendre
Un fentiment contraire à celuy qu'il doit prendre,
Une vaine frayeur tantoft m'a pu troubler,
Et je fuis infenfible alors qu'il faut trembler.
Je vous entens, grands Dieux, vos bontez que j'adore Ne peuvent confentir que je me deshonore, Et ne me permettant foufpirs, fanglots, ny pleurs, Soutiennent ma vertu contre de tels malheurs. Vous voulez que je meure avec ce grand courage Qui m'a fait entreprendre un fi fameux ouvrage, Et je veux bien périr comme vous l'ordonnez, Et dans la mefme affiette où vous me retenez.
O liberté de Rome ! ô Mânes de mon père, J'ay fait de mon cofté tout ce que j'ay pu faire, Contre voftre Tyran j'ay ligué fes amis, Et plus ofé pour vous qu'il ne m'étoit permis. Si l'effet a manqué, ma gloire n'eft pas moindre, N'ayant pu vous venger je vous iray rejoindre ; Mais fi fumante encor d'un généreux couroux,
Par un trépas fi noble, & il digne de vous, Qu'il vous fera fur l'heure aifément reconnoiftre Le fangdes grands Héros dont vous m'avez fait naiftre.