‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 176 sur 254 · ACTE IV, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VI

Un mefme jour t'a veu par une fauffe adreffe, Trahir ton Souverain, ton amy, ta Maitreffe, Sans que de tant de droits en un jour violez, Sans que de deux Amants au Tyran immolez, Il te reste aucun fruit, que la honte, & la rage Qu'un remords inutile allume en ton courage. Euphorbe; c'eft l'effet de tes lafches confeils, Mais que peut-on attendre enfin de tes pareils? Jamais un Affranchy n'eft qu'un esclave infâme, Bien qu'il change d'état, il ne change point d'ame La tienne encor fervile avec la liberté N'a pu prendre un rayon de générofité.

Tu m'as fait relever une injuste puiffance, Tu m'as fait démentir l'honneur de ma naiffance Mon cœur te refistoit, & tu l'as combatu Jusqu'à ce que ta fourbe ait fouillé fa vertu. Il m'en coûte la vie, il m'en coûte la gloire, Et j'ay tout mérité pour t'avoir voulu croire. Mais les Dieux permettront à mes reffentimens, De te facrifier aux yeux des deux Amants, Et j'ofe m'affeurer qu'en dépit de mon crime Mon fang leur fervira d'affez pure victime, Si dans le tien mon bras justement irrité Peut laver le forfait de t'avoir écouté.

Fin du quatrième Acte.

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