‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 190 sur 254 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

POLYEUCTE

Vous ne m'étonnez point, la pitié qui me bleffe Sied bien aux plus grands cœurs, & n'a point de fbiblefTe. Sur mes pareils, Néarque, un bel œil eft bien fort, Tel craint de le fafcher qui ne craint pas la mort, Et s'il faut affronter les plus cruels fupplices, Y trouver des appas, en faire mes délices, Voftre Dieu, que je n'ofe encor nommer le mien, M'en donnera la force en me faifant Chrétien.

NE ARQUE.

Haftez-vous donc de l'eflre.

POLYEUCTE

Ouy, j'y cours, cher Néarque, Je brufle d'en porter la glorieufe marque, Mais Pauline s'afflige, cv ne peut confentir, Tant ce fonge la trouble, à nie biffer fortir.

NT. ARQUE.

Voftre retour pour elle en aura plus de charmes, Dans une heure au plus tard vous effuirez fes larmes, Et l'heur de vous revoir luy femblera plus doux, Plus elle aura pleuré pour un fi cher époux. Allons, on nous attend.

POLYEUCTE

Apaifez donc fa crainte, Et calmez la douleur dont fon ame eft atteinte. Elle revient.

372 POLYEUCTE

NEARQUE.

Fuyez.

POLYEUCTE

Je ne puis.

NEARQUE.

Il le faut, Fuyez un ennemy qui fçait voftre défaut, Qui le trouve aifément, qui bleffe par la veuë, Et dont le coup mortel vous plaift, quand il vous tuë.

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