‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 205 sur 254 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

SEVERE

Que je me prive ainfi du feul bien qui me reste !

PAULINE

Sauvez- vous d'une veuë à tous les deux funeste.

SEVERE

Quel prix de mon amour ! quel fruit de mes travaux !

C'eit le remède feul qui peut guérir nos maux.

SEVERE

Je veux mourir des miens, aimez-en la mémoire.

PAULINE

Je veux guérir des miens, ils fouilleroient ma gloire.

Ah, puisque voftre gloire en prononce l'Aireft, Il faut que ma douleur cède à fon intéreft; Eft-il rien que fur moy cette gloire n'obtienne" Elle me rend les foins que je dois à la mienne. Adieu, je vay chercher au milieu des combats Cette immortalité que donne un beau trépas, Et remplir dignement par une mort pompeufe De mes premiers exploits l'attente avantageufe, Si toutefois après ce coup mortel du Sort, J'ay de la vie affez, pour chercher une mort.

396 POLYEUCTE

PAULINE

Et moy dont voftre veuë augmente le fupplice, Je l'éviteray mefme en voftre facrifice, Et feule dans ma chambre enfermant mes regrets, Je vay pour vous aux Dieux faire des vœux fecrets.

Puiffe le juste Ciel content de ma ruine Combler d'heur & de jours Polyeude, & Pauline.

PAULINE

Puiffe trouver Sévère après tant de malheur Une félicité digne de fa valeur.

SEVERE

Il la trouvoit en vous.

PAULINE

Je dépendois d'un père.

SEVERE

O devoir qui me perd, & qui me defespére! Adieu, trop vertueux objet, & trop charmant.

PAULINE

Adieu, trop malheureux, & trop parfait Amant.

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