ACTE III, SCENE III. 4I
Mon ame luy conferve un fentiment plus tendre, La grandeur de fon crime & de mon déplaifir N'a pas éteint l'amour qui me l'a fait choifir.
Je n'attendois pas moins de la bonté d'un père.
Je pouvois l'immoler à ma juste colère,
Car vous n'ignorez pas à quel comble d'horreur
De fon audace impie a monté la fureur,
Vous l'avez pu fçavoir, du moins de Stratonice.
PAULINE
Je fçay que de Néarque il doit voir le fupplice.
FELIX
Du confeil qu'il doit prendre il fera mieux instruit, Quand il verra punir celuy qui l'a féduit.
Au fpedacle fanglant d'un amy qu'il fautfuivre, La crainte de mourir & le defir de vivre Reffaififfent une ame avec tant de pouvoir, Que qui voit le trépas ceffe de le vouloir. L'exemple touche plus, que ne fait la menace, Cette indiscrette ardeur tourne bien-toft en glace, Et nous verrons bien-toft fon cœur inquiété Me demander pardon de tant d'impiété:
PAULINE
Vous pouvez espérer qu'il change de courage?
416 POLYEUCTE
FELIX
Aux dépens de Néarque il doit fe rendre iage.
Il le doit, mais hélas ! où me renvoyez-vous ? Et quels tristes hazards ne court point mon époux, Si de fon inconstance il faut qu'enfin j'espère Le bien que j'espérois de la bonté d'un père?
Je vous en fais trop voir, Pauline, à confentir
Qu'il évite la mort par un prompt repentir,
Je devois mefme peine à des crimes femblables,
Et mettant différence entre ces deux coupables,
J'ay trahy la justice à l'amour paternel,
Je me fuis fait pour luy moy-mefme criminel,
Et j'attendois de vous au milieu de vos craintes
Plus de remercîmens, que je n'entens de plaintes.
PAULINE
Dequoy remercier qui ne me donne rien?
Je fçay quelle eft l'humeur, & l'esprit d'un Chrétien, Dans l'obstination jusqu'au bout il demeure, Vouloir fon repentir, c'eft ordonner qu'il meure.
FELIX
Sa grâce eft en fa main, c'eft à luy d'y refver.
PAULINE
Faites-la toute entière.