‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 220 sur 254 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

FELIX

Moindre que fon forfait.

PAULINE

O de mon fonge ..ffreux trop véritable effet ! Voyez-vous qu'avec luy vous perdez voftre fille?

FELIX

Les Dieux & l'Empereur font plus que ma famille.

PAULINE

La perte de tous deux ne vous peut arrêter !

FELIX

J'ay les Dieux & Décie enfemble à redouter. Mais nous n'avons encor à craindre rien de triste, Dans fon aveuglement penfez-vous qu'il perfiste? S'il nous fembloit tantoft courir à fon malheur, C'eft d'un nouveau Chrétien la première chaleur.

Si vous l'aimez encor, quittez cette espérant Que deux fois en un jour il change de croyance Outre que les Chrétiens ont plus de dureté, Vous attendez de luy trop de légèreté.

Ce n'eft point une erreur avec le lait fuccée, Que fans l'examiner fon ame ait embraffée, Polyeude eft Chrétien, parce qu'il l'a voulu, Et vous portoit au Temple un esprit réfolu. Vous devez prefumer de luy comme du reste.

420 POLYEUCTE

Le trépas n'eft pour eux, ny honteux, ny funeste, Ils cherchent de la gloire à méprifer nos Dieux, Aveugles pour la Terre, ils aspirent aux Cieux, Et croyant que la mort leur en ouvre la porte, Tourmentez, déchirez, affaffinez, n'importe, Les fupplices leur font ce qu'à nous les plaifirs, Et les mènent au but où tendent leurs defirs, La mort la plus infâme, ils l'appellent Martyre.

Et bien donc, Polyeuâe aura ce qu'il defire, N'en oarlons plus.

Mon père I

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