ACTE III, SCENE IV
Il l'a veu, mais hélas! avec un œil d'envie.
Il brune de le fuivre, au lieu de reculer,
Et fon cœur s'affermit, au lieu de s'ébranfler.
PAULINE
Je vous le difois bien ; encor un coup, mon père, Si jamais mon respeâ: a pu vous fatisfaire, Si vous l'avez prifé, fi vous l'avez chéry...
FELIX
Vous aimez trop, Pauline, un indigne mary.
Je l'ay de voftre main, mon amour eft fans crime, Il eft de voftre chois la glorieufe estime, Et j'ay, pour l'accepter, éteint le plus beau feu Qui d'une ame bien née ait mérité l'aveu.
Au nom de cette aveugle & prompte obéïffance, Que j'ay toujours rendue aux loix de la naiffance, Si vous avez pu tout, fur moy, fur mon amour, Que je puiffe fur vous quelque chofe à mon tour. Par ce juste pouvoir à prefent trop à craindre, Par ces beaux fentimens qu'il m'a fallu contraindre, Ne m'oftez pas vos dons, ils font chers à mes yeux, Et m'ont affez coûté, pour m'eftre précieux.
FELIX. --
Vous m'importunez trop ; bien que j^aye un^œ^tendre;.^ . ~\ Je n'aime la pitié qu'au prix qu^f'erç'vèiix-prendre, """"*>. ^ \
J 22 POLYEUCTE
Employez mieux l'effort de vos justes douleurs, Malgré moy m'en toucher c'eft perdre, Se temps, & pleurs ; J'en veux eftre le maiftre , & je veux bien qu'on fçache Que je la defavouë, alors qu'on me l'arrache. Préparez-vous à voir ce malheureux Chrétien, Et faites voftre effort, quand j'auray fait le mien, Allez, n'irritez plus un père qui vous aime, Et tafehez d'obtenir voftre époux de luy-mefme. Tantoft jusqu'en ce lieu je le feray venir, Cependant quittez-nous, je veux l'entretenir.
PAULINE
De grâce permettez...
Laiffez-nous feuls, vous dy-je, Voftre douleur m'offence, autant qu'elle m'afflige, A gagner Polyeu&e appliquez tous vos foins, Vous avancerez plus en m'importunant moins.