‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 223 sur 254 · ACTE III, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V

Sévère me perdroit fi j'en ufois ainfi.

Sa haine & fon pouvoir font mon plus grand foucy,

Si j'avois différé de punir un tel crime,

Quoy qu'il foit généreux, quoy qu'il foit magnanime.

Il eft homme, & fenfible, & je l'ay dédaigné,

Et de tant de mépris fon esprit indigné,

Que met au defespoir cet Hymen de Pauline,

Du couroux de Décie obtiendroit ma ruine.

Pour venger un affront tout femble eftre permis,

Et les occ^fions tentent les plus remis.

Peut-eftre (& ce foupçon n'eft pas fans apparence)

Il rallume en fon coeur déjà quelque espérance,

Et croyant bien-toft voir Polyeucle puny,

Il rappelle un amour à grand peine banny.

Juge fi fa colère en ce cas implacable

Me feroit innocent de iauver un coupable,

Et s'il m'épargneroit voyant par mes bontez

Une féconde fois fes deffeins avortez.

Te diray-je un penfer indigne, bas, & lafche ? Je l'étouffé, il renaift, il me flate, & me fafche. L'ambition toujours me le vient prefenter, Et tout ce que je puis, c'eft de le détester. Polyeucle eft icy l'appuy de ma famille, Mais fi par fon trépas l'autre époufoit ma fille, J'acquerrois bien par là de plus puiffants appuis Qui me mettroient plus haut cent fois, que je ne fuis. Mon cœur en prend par force une maligne joye ; Mais que plûtoft le Ciel à tes yeux me foudroyé,

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Qu'à des penfers fi bas je puifle confenti Que jusque-là ma gloire ofe fe démentir.

Voftre cœur eft trop bon, & voftre ame trop haute, Mais vous réfolvez-vous à punir cette faute?

Je vay dans la prifon faire tout mon effort A vaincre cet efprit par l'effroy de la mort, Et nous verrons après ce que pourra Pauline.

ALBIN

Que ferez-vous enfin û toujours il s'obstine?

FELIX

Ne me preffe point tant, dans un tel déplaifir Je ne puis que réfoudre, & ne içay que choifir.

Je doy vous avertir en ferviteur fidelle Qu'en fa faveur déjà la ville fe rebelle, Et ne peut voir paffer par la rigueur des loix Sa dernière espérance, & le fang de fes Rois. Je tiens fa prifon mefme affez mal affeurée, J'ay laiflé tout autour une troupe éplorée, Je crains qu'on ne la force.

FELIX

Il faut donc l'en tirer, Et l'amener icy pour nous en affeurer.

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