ACTE III, SCENE Y
En brutal, en impie, En bravant les tourmens, en dédaignant la vie , Sans regret, fans murmure, & fans étonnement, Dans l'obstination, & l'endurciiTement, Comme un Chrétien enfin, le blasphème à la bouche.
Et l'autre?
Je l'ay dit déjà, rien ne le touche, Loin d'en eftre abatu, fon cœur en eft plus haut, On l'a violenté pour quitter l'échafFaut, Il eft dans la prifon où je l'ay veu conduire, Mais vous êtes bien loin encor de le réduire.
FELIX
due je fuis malheureux !
ALBIN
Tout le monde vous plaint.
FELIX
On ne fçait pas les maux dont mon cœur eft atteint.
De penfers fur penfers mon ame eft agitée,
De foucis fur foucis elle eft inquiétée;
Je fens l'amour, la haine, & la crainte, & l'espoir,
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La joye, & la douleur tour à tour l'émouvoir. J'entre en des fentimens qui ne font pas croyables, J'en ay de violens, j'en ay de pitoyables, J'en ay de généreux qui n'oferoient agir, J'en ay mefme de bas, & qui me font rougir. J'aime ce malheureux que j'ay choifi pour gendre Je hay l'aveugle erreur qui le vient de furprendre Je déplore fa perte, & le voulant fauver, J'ay la gloire des Dieux enfemble à conferver, Je redoute leur foudre, & celuy de Décie, Il y va de ma Charge, il y va de ma vie : Ainfi tantoft pour luy je m'expofe au trépas, Et tantoft je le perds, pour ne me perdre pas.
Décie excufera l'amitié d'un beau-pére,
Et d'ailleurs Polyeucte eft d'un fang qu'on révère.
A punir les Chrétiens fon ordre eft rigoureux, Et plus l'exemple eft grand, plus il eft dangereux. On ne distingue point quand l'offence eft publique, Et lors qu'on diffimule un crime domestique, Par quelle authorité peut-on, par quelle loy, Chaftier en autruy ce qu'on fouffre chez foy?
Si vous n'ofez avoir d'égard à fa perfonne, Ecrivez à Décie afin qu'il en ordonne.