‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 250 sur 254 · ACTE V, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VI

Qu'heureufement enfin je retrouve mon père! Cet heureux changement rend mon bonheur parfait.

FELIX

Ma fille, il n'appartient qu'à la main qui le fait.

SEVERE

Qui ne feroit touché d'un fi tendre fpectacle?

De pareils changemens ne vont point fans miracle,

Sans doute vos Chrétiens qu'on perfécute en vain

Ont quelque chofe en eux qui îurpafïe l'humain ;

Ils mènent une vie avec tant d'innocence,

due le Ciel leur en doit quelque reconnoifiance.

Se relever plus forts, plus ils font abbatus,

N'eft pas auffi l'effet des communes vertus.

Je les aimay toujours, quoy qu'on m'en ait pu dire,

Je n'en voy point mourir que mon cœur n'en foufpire,

Et peut-eftre qu'un jour je les connoiftray mieux.

J'approuve cependant que chacun ait fes Dieux,

Qu'il les ferve à fa mode, & fans peur de la peine.

Si vous êtes Chrétien, ne craignez plus ma haine,

Je les aime, Félix, & de leur protecteur

Je n'en veux pas fur vous faire un perfécuteur.

Gardez voftre pouvoir, reprenez-en la marque, Servez bien voftre Dieu, fervez noftre Monarque. Je perdray mon crédit envers fa Majesté, Ou vous verrez finir cette févérité, Par cette injuste haine il fe fait trop d'outrage.

464 POLTE CTE.

Daigne le Ciel en vous achever fon ouvrage, Et pour vous rendre un jour ce que vous méritez, Vous inspirer bien-toft toutes fes vérités.

Nous autres, beniflbns noftre heureufe avanture, Allons à nos Martyrs donner la fepulture, Baifer leurs corps facrez, les mettre en digne lieu, Et faire retentir par tout le nom de Dieu.

Fin du cinquième & dernier A£te.

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