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une foy Chrétienne & indispenfable à tout ce qui efl dans la Bible , qui ne nous laiffe aucune liberté d'y rien changer. J'estime toutefois qu'il ne nous efl pas défendit d'y ajouter quelque chofe, pourveu qu'il ne détruife rien de ces véritez diclées par le Saint Esprit. Buchanan ny Gratins ne l'ont pas fait dans leurs Poèmes, mais aujfi ne les ont-ils pas rendus affez fournis pour noflre Théâtre, & ne s'y font propofé pour exemple que la constitution la plus fimple des A nciens. Heinfius a plus ofé qu'eux dans celuy que j'ay notnmé. Les Anges qui bercent l'Enfant J 'ej, us, & l' Ombre de Mariane avec les Furies qui agitent l'esprit d'Hérode, font des agrémens qu'il n'a pas trouvez dans F Evangile. Je croy mefme qu'on en peut jupprimer quelque chofe quand il y a apparence qu'il ne plairoit pas fur le Théâtre, pourveu qu'on ne mette rien en la place, car alors ce feroit changer l'Histoire, ce que le respefî que nous devons à l'Ecriture ne permet point. Si j'avois a y expofer celle de David & Berfabée, je ne décrirois pas comme il en devint amoureux en la voyant fe baigner dans une fontaine, de peur que l'image de cette nudité ne fifl une impreffwn trop chatouilleufe dans l'esprit de l'Auditeur ; mais je me contenterois de le peindre avec de l'amour pour elle, fans parler aucunement de quelle manière cet amour fe feroit emparé de fon cœur.
Je reviens a Polyeucle, dont le fuccès a été tr es-heur eux. Le flile n'en eft pas fi fort, ny fi majefiûeux, que celuy de Cinna & de Pompée ; mais il a quelque chofe de plus touchant, & les tendreffes de l'amour humain y font un fi agréable me/lange avec la fermeté du divin, que fa reprefentation a fatisfait tout enfemble les Dévots & les gens du Monde. A mon gré je n'ay point fait de Pièce où l'ordre du Théâtre foit plus beau, & V enchaifnetnent des Scènes mieux ménagé. L'unité d'aclion & celles de jour & de lieu y ont leur justeffe, & les fcrupules qui peuvent naifire touchant ces deux dernières fe diffiperont aifément, po2ir peu qu'on me veuille prêter de cette faveur, que l'Auditeur nous doit toujours, quand l'occafion s'en offre, en reconnoiffance de la peine que nous avons prife a le divertir.
Il efl hors de doute que fi nous appliquons ce Poème a nos coutumes, le facrifice fe fait trop tofi après la venue de Sévère, & cette précipitation fortira du vray-femblable par la nécefftté d'obéir à la Règle. Quand le Roy envoyé fes ordres dans les Villes, pour y faire rendre des aétions de grâces pour fes Vidoires, ou pour d'autres bénédiclions qu'il reçoit du Ciel, on ne les exécute pas dès le jour mefme ; mais auffî. il faut du temps pour affembler le Clergé, les Magistrats, & les corps de Ville, & c' efl ce qui en
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fait différer l'exécution. Nos Acleurs n'avoient icy aucune de ces Affemblées a faire.
Il fuffifoit de la prefence de Sévère & de Félix, & du ministère du Grand Preflre, & ainfinous n'avons eu aucun befoin de remettre ce facrifice en un autre jour. D'ailleurs comme Félix craignait ce Favory, qu'il croyoit irrité du mariage de fa fille, il étoit bien aife de luy donner le moins d'occafion de tarder qu'il luy étoit poffible , & de tafcher durant f on peu de fejour à gagner
fon esprit par une prompte complatfance, & montrer tout enfemble une impatience d'obéir aux volonté z de l'Empereur.
L'autre fcrupule regarde l'unité de lieu, qui efil affez éxacle puisque tout s'y paffe dans une Salle ou Antichambre commune aux Apartemens de Félix & de fa fille. Il femble que la bien-
féance y foit un peu forcée pour conferver cette unité au jecond Acle, en ce que Pauline vient
jusque dans cette Antichambre pour trouver Sévère, dont eue devroit attendre la vifite dans
fon cabinet. A quoy je répons, qu'elle a eu deux raifons de venir au devant de luy. L'une, pour
faire plus d'honneur a un homme dont fon père redoutoit l'indignation, & qu'il luy avoit commandé d'adoucir en fa faveur : l'autre, pour rompre plus aifèment la converfation avec luy, enfe retirant dans ce cabinet, s'il ne vouloit pas la quitter a fa prière, & fe délivrer par cette
retraite d'un entretien dangereux pour elle ; ce qu'elle n'eufi pu faire, fi elle eufi reçeu fa vifiie dans fon Apartement.
Sa confidence avec Stratonice touchant l'amour qu'elle avoit eu pour ce Cavalier, me fait faire une réflexion fur le temps qu' elle prend pour cela. Il s'en fait beaucoup fur nos Théâtres, d'affedions qui ont déjà duré deux ou trois ans, aont on attend à révéler le fecret justement au ■>02ir de l'aclion qui je prefente, & non feulement fans aucune raifon de choifir ce jour-la plûtoft qu'un autre pour le déclarer, mais lors mefme que vray-femblablement on s'en efi dû ouvrir beaucoup auparavant avec la perfonne a qui on en fait confidence. Ce jont chofes dont il faut instruire le Speclateur en les faifant apprendre par un des AcJeurs h l'autre, mais il faut prendre garde avec foin que celuy a qui on les apprend ail eu lieu de les ignorer jusque-là aujffi bien que le Speclateur , & que quelque occafion tirée dît Sujet oblige celuy qui les récite a rompre enfin un filence qu'il a gardé fi long-temps. L'Infante dans le Cid avoue a Leonor l 'amour fecret qu'elle a pour luy, & l'aur oit pu faire un an ou fix mois plûtofi. Cléopatre dans Pompée ne prend pas des mefures plus justes avec Charmion. Elle luy conte la pajfion de Céfar pour elle, & comme
Chaque jour fes Couriers Luy portent en tribut fes vœux & fes Lauriers.
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Cependant, comme il ne par oit perfonne avec qui elle ave plus d'ouverture de cœur qu'avec cette Chirmion, il y a grande apparence que cétoit elle me fine dont cette Reine fe fervoit pour introduire ces Courier s, 6* qu'ainft elle devoit fçavoir déjà tout ce commerce entre Céfar & fa Maîtreffe. Du moins il falloit marquer quelque raifon qui luy euft laiffe ignorer jusque-là tout ce qu 'elle luy apprend, & de quel autre ministère cette Princeffe s'étoit fervie pour recevoir ces Courier s. Il n'en va pas de mefme icy. Pauline ne s'ouvre avec Str atonie e que pour luy faire entendre le fonge qui la trouble, & les fujets qu'elle a de s'en alarmer ; & comme elle n'a fait ce fonge que la nuit d'auparavant, & qu'elle ne luy eufl jamais révélé fonfecr et fans cette occafion qui l'y oblige, on peut dire qu elle n'a point eu lieu de luy faire cette confidence plûtofl qu'elle ne l'a faite.
Je ri ay point fait de Narration de la mort de Polyeucle, parce que je n'avois perfonne pour la faire, ny pour V écouter , que des Payens qui ne la pouvoient ny écouter ny faire, que comme ils avoient fait & écouté celle de Néarque ; ce qui auroit été une répétition & marque de fiérilité, & en outre ri auroit pas répondu a la Dignité de l'aclion principale, qui efl terminée par là. Ainfi j'ay mieux aimé la faire connoijlre par un faint emportement de Pauline que cette mort a