‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 43 sur 254 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

D. DIEGUE

Jamais nous ne gonflons de parfaite allegreffe, Nos plus heureux fuccès font méfiez de tristeile, Toujours quelques foucis en ces évenemens Troublent !a pureté de nos contentemens. Au milieu du bonheur mon ame en fent l'atteinte, Je nage dans la joye, & je tremble de crainte, J'ay veu mort l'ennemy qui m'avoit outragé, Et je ne fçaurois voir la main qui m'a vengé. En vain je m'y travaille, & d'un foin inutile, Tout caffé que je fuis, je cours toute la ville, Ce peu que mes vieux ans m'ont laiffé de vigueur Se confume fans fruit à chercher ce vainqueur. A toute heure, en tous lieux, dans une nuit fi fombre, Je penfe l'embraffer, & n'embraffe qu'un ombre, Et mon amour déçeu par cet objet trompeur Se forme des foupçons qui redoublent ma peur. Je ne découvre point de marques de fa fuite, Je crains du Comte mort les amis & la fuite, Leur nombre m'épouvante & confond ma raifon. Rodrigue ne vit plus, ou respire en prifon. Justes Cieux! me trompay-je encor à l'apparence, Ou fi je vois enfin mon unique espérance? C'eft luy, n'en doutons plus, mes vœux font exaucez, Ma crainte eft diffipée, & mes ennuis ceffez.

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