D. SANCHE, D. ALONSE, CHIMENE
ELVIRE
D. FERNAXD.
Enfin foyez contente, Chiméne, le fuccès répond à voftre attente, Si de nos ennemis Rodrigue a le deffus, Il eft mort à nos yeux des coups qu'il a reçeus, Rendez grâces au Ciel qui vous en a vengée. à Don Diêgue.
Voyez comme déjà fa couleur eft changée.
D. DIEGUE
Mais voyez qu'elle pafme, & d'un amour parfait
172 LE CID
Dans cette pafmoifon, Sire, admirez l'effet.
Sa douleur a trahy les fecrets de fon ame,
Et ne vous permet plus de douter de fa flame.
CHIMENE
Quoy } Rodrigue eft donc mort ?
D. FERNAND
Non, non ; il voit le jour, Et te conferve encor un immuable amour, Calme cette douleur qui pour luy s'intéreffe.
c HIMENE.
Sire, on pafme de joye ainfi que de trifteffe, Un excès de plaifir nous rend tous languiffants, Et quand il furprend l'ame, il accable les fens.
D . FERNAND
Tu veux qu'en ta faveur nous croyions l'impofïïble, Chiméne, ta douleur a paru trop vifible.
CHIMENE
Et bien, Sire, ajoutez ce comble à mon malheur, Nommez ma pafmoifon l'effet de ma douleur, Un juste déplaifir à ce point m'a réduite ; Son trépas defroboit fa tefte à ma pourfuite. S'il meurt des coups reçeus pour le bien du païs, Ma vengeance, eft perdue, & mes deffeins trahis. Une fi belle fin m'eft trop injurieufe, Je demande fa mort, mais non pas glorieufe,