‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 57 sur 254 · ACTE IV, SCENE V. I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V. I

Non pas dans un éclat qui l'élève fi haut, Non pas au lit d'honneur, mais fur un échafFaut. Qu'il meure pour mon père, & non pour la Patrie, Que fon nom foit taché, fa mémoire flétrie. Mourir pour le païs n'eft pas un triste fort! C'eft s'immo'rtalifer par une belle mort.

J'aime donc fa victoire, & je le puis fans crime, Elle affeure l'Etat, & me rend ma victime, Mais noble, mais farneufe entre tous les guerriers, Le chef au lieu de fleurs couronné de lauriers, Et pour dire en un mot ce que j'en confidére, Digne d'eftre immolée aux Mânes de mon père.

Hélas! à quel espoir me lailTay-je emporter! Rodrigue de ma part n'a rien à redouter. Que pourroient contre luy des larmes qu'on méprife ? Pour luy tout voftre Empire eft un lieu de franchife, Là fous voftre pouvoir tout luy devient permis, Il triomphe de moy comme des ennemis, Dans leur fang répandu la justice étouffée, Aux crimes du vainqueur fert d'un nouveau trophée, Nous en croiffons la pompe, & le mépris des loix Nous fait fuivre fon char au milieu de deux Rois.

D. FERNAND

Ma fille, ces transports ont trop de violence, Quand on rend la justice on met tout en balance. On a tué ton père, il étoit l'agreffeur, Et la mefme équité m'ordonne la douceur. Avant que d'accufer ce que j'en fais paroiftre, Confulte bien ton cœur, Rodrigue en eft le maiftre,

Et ta flame en fecret rend grâces à ton Roy, Dont la faveur conferve un tel Amant pour toy.

CHIMENE

Pour moy mon ennemy! l'objet de ma colère I L'autheur de mes malheurs! l'aflaffin de mon père! De ma juste pourfuite on fait fi peu de cas, Qu'on me croit obliger, en ne m'écoutant pas!

Puisque vous refiifez la justice à mes larmes, Sire, permettez-moy de recourir aux armes ; C'eft par là feulement qu'il a fçeu m'outrager, Et c'eft auffi par là que je me doy venger. A tous vos Cavaliers je demande fa tefte, Ouy, qu'un d'eux me l'apporte, & je fuis fa conquefte. Qu'ils le combatent, Sire, & le combat finy, J'époufe le vainqueur fi Rodrigue eft puny. Sous voftre authorité fouffrez qu'on le publie.

D. FERXAND.

Cette vieille coutume en ces lieux établie Sous couleur de punir un injuste attentat Des meilleurs combatants affoiblit un Etat. Souvent de cet abus le fuccès déplorable Opprime l'innocent, & foûtient le coupable. J'en dispenfe Rodrigue, il m'eft trop précieux Pour l'expofer aux coups d'un fort capricieux, Etquoy qu'ait pu commettre un cœur fi magnanime, Les Mores en fuyant ont emporté fon crime.

D. DIEGUE

Quoy, Sire ! pour luy feul vous renverfez des loix

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