‹ Théâtre de P. CorneilleChapitre 78 sur 254 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Et cet objet d'amour devenir pour ma peine Digne de mes foufpirs, ou digne de ma haine, Hélas !

JULIE

Elle eft pourtant plus à plaindre que vous. On peut changer d'Amant, mais non changer d'époux, Oubliez Curiace, & recevez Valére, Vous ne tremblerez plus pour le party contraire, Vous ferez toute noftre, & voftre esprit remis N'aura plus rien à perdre au camp des ennemis.

CAMILLE

Donnez-moy des confeils qui foient plus légitimes, Et plaignez mes malheurs fans m'ordonner des crimes. Quoy qu'à peine à mes maux je puifle refister, J'aime mieux les fouffrir, que de les mériter.

JULIE

Quoy! vous appeliez crime un change raifonnable ?

CAMILLE

Quoy ! le manque de foy vous femble pardonnable ?

JULIE

Envers un ennemy qui peut nous obliger?

CAMILLE

D'un ferment folemnel qui peut nous dégager?

JULIE

Vous déguifez en vain une chofe trop claire, Je -vous vis encor hier entretenir Valére, Et l'accueil gracieux qu'il recevoit de vous Luy permet de nourrir un espoir affez doux.

CAMILLE

Si je l'entretins hier & luy fis bon vifage,

N'en imaginez rien qu'à fon defavantage,

De mon contentement un autre étoit l'objet,

Mais pour fortir d'erreur fçachez-en le fujet.

Je garde à Curiace une amitié trop pure,

Pour fouffrir plus long-temps qu'on m'estime parjure.

Il vous fouvient qu'à peine on voyoit de fa fceur Par un heureux Hymen mon frère pofiefieur, Quand pour comble de joye il obtint de mon père Que de fes chastes feux je ferois le falaire. Ce jour nous fut propice & funeste à la fois, Unifiant nos maifons il défunit nos Rois, Un mefme instant conclud noftre Hymen, & la guerre, Fit naîftre noftre espoir, & le jetta par terre, Nous ofta tout, fi-toft qu'il nous euft tout promis, Et nous faifant Amants il nous fit ennemis. Combien nos déplaifirs parurent lors extrêmes, Combien contre le Ciel il vomit de blafphémes, Et combien de ruifleaux coulèrent de mes yeux! Je ne vous le dy point, vous viftes nos Adieux. Vous avez veu depuis les troubles de mon ame, Vous fçavez pour la Paix quels vœux a faits ma flame, Et quels pleurs j'ay verfez à chaque événement,

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