ACTE I, SCENE II
Tantoft pour mon pais, tantoft pour mon Amant.
Enfin mon defespoir parmy ces longs obstacles
M'a fait avoir recours à la voix des Oracles;
Ecoutez fi celuy qui me fut hier rendu
Eut droit de rafTeurer mon efprit éperdu.
Ce Grec fi renommé qui depuis tant d'années
Au pied de l'Aventin prédit nos Destinées,
Luy qu'Apollon jamais n'a fait parler à faux,
Me promit par ces Vers la fin de mes travaux.
Albe & Rome demain prendront une autre face,
Tes vœux font exauce^, elles auront la Paix,
Et tu feras unie avec ton Curiace,
Sans qu'aucun mauvais fort t'en feparc jamais.
Je pris fur cet Oracle une entière affeurance,
Et comme le fuccès pafToit mon espérance,
J'abandonnay mon ame à des ravifTemens
Qui paffoient les transports des plus heureux Amants.
Jugez de leur excès. Je rencontray Valére,
Et contre fa coutume il ne pût me déplaire,
Il me parla d'amour fans me donner d'enHuy,
Je ne m'aperçus pas que je parlois à luy,
Je ne luy pus montrer de mépris, ny de glace,
Tout ce que je voyois me fembloit Curiace,
Tout ce qu'on me difoit me parloit de fes feux,
Tout ce que je difois l'affeuroit de mes vœux.
Le combat général aujourd'huy fe hazarde,
J'en fçeus hier la Nouvelle, & je n'y pris pas garde.
Mon esprit rejettoit ces funestes objets,
Charmé des doux penfers d'Hymen & delà Paix.
La nuit a diffipé des erreurs fi charmantes ;
Mille fonges affreux, mille images fanglantes,
2o8 HOKACE.
Ou plûtoft mille amas de carnage & d'horreur M'ont arraché ma joye, & rendu ma terreur. J'ay veudu fang, des morts, & n'ay rien veu de fuite, Un fpectre en paroiiïant prenoit foudain la fuite, Ils s'effaçoient l'un l'autre, & chaque illufion Redoubloit mon effroy par fa confulion.
JULIE
C'eft en contraire fens qu'un fonge s'interprète.
Je le doy croire ainfi, puisque je le fouhaite, Mais je me trouve enfin malgré tous mes fouhaits Au jour d'une bataille, & non pas d'une Paix.
JULIE
Par là finit la guerre, & la Paix luy fuccéde.
CAMILLE
Dure à jamais le mal s'il y faut ce remède! Soit que Romey fuccombe, ouqu'Albeait ledefîbus, Cher Amant, n'atten plus d'eftre un jour mon époux : Jamais, jamais ce nom ne fera pour un homme Qui foit, ou le vainqueur, ou l'esclave de Rome. Mais quel objet nouveau fe prefente en ces lieux ? Elt-ce toy, Curiace? en croiray-je mes yeux?