‹ Théatre de PicardChapitre 10 sur 406 · DEI.II.I.E · texte numérisé non relu

DEI.II.I.E

Mius rien, madame : on y va à la Bonrsv^. aux spoc-

ACTK I, SLll.Nl-: VllI. 19

tacles, chacun y fait ses affaires ; les gens d'esprit se moquent des sots ; plus d'un sot fait fortune ; plus d'un fripon passe pour un honnête homme : plus d'un charlatan pour un homme de mérite : c'est toujours la même chose ; c'est toujours comme partout.

MADAME SENXEVILLE.

Et y poi'te-t-on toujours des châles en effdé, des rubans jonquille, des chapeaux à ])oucles, des tuniques amarante ? Les fichus sont-ils croisés en X ou Y ? Porte-t-on ses cheveux ou des perruques ?

DELILLE

C'est à quoi je n"ai pas pris garde autrement.

MADAME SENXEVILLE.

C;'est que ma marchande de modes est d"ane négligence : elle ne m'envoie les modes que trois mois après l'explosion: et cela me pique, voyez-vous, parce que quand on a le point d'honneur d'être bien mise...

RIFLARD

C'est que madame donne le ton à toute la ville pour la parure et le goût.

MADAME SENXEVILLE, en mlnaud.int.

Est-il vrai, monsieur Pdflard?.. C'est un séjour enchanteur que Paris : j'y ai fait deux voyages dans ma vie, de quinze jours chacun. M. de Senneville vivait dans ce temps-là : je m'y suis fort amusée, et ils n'ont pas été infiuclueux pour moi.

DESROCHES

On s'en aperçoit aisément, madame.

MADAME SENNEVILLE, toujours niinau.lanl.

Trouvez-vous"?

DELILLE

Vraiment, à vos manières, à vos discour.;, à voire tournure.

MADAME SENNEVILLE

Mais francliem'mt jf n'aiini^rais pa- à y demeurer.

âO LA PETITE VILLE.

parce que la campagno... pour un cœur sensible... Ah! la campagne !.. C'est là que la nature plus belle et plus riante invite aux sentiments les plus doux et les plus purs... la verdure, les oiseaux, les ombrages et les mœurssimples et rustiques vous rappellent . . . Ah ! la campagne a tant d'attraits! J'espère que vous me ferez l'honneur de fréquenter ma maison dans le court séjour que vous ferez dans notre ville. Je vis avec un oncle âgé et respectacle, pour lequel je ne saurais avoir trop d'attentions; je lui dois mon éducation, et le peu que je vaux.

RIFLARD

On n'a pas plus de sensibilité que cette femme-là.

Je vous retiens d'abord pour aujourd'hui, on passe la soirée chez moi ; vous connaissez sans doute quelques personnes ?

DESROCHES

J'ai une lettre pour madame Guibert. Vous la connaissez.

MADAME SENNEVILLE

C'est ma meilleure amie, une femme charmante, une fdle céleste, excellente musicienne, que sa mère voudrait bien voir établie, c'est tout naturel ; elle est un peu gauche, empesée, la chère madame Guibert ; elle a bien eu quelques aventures du vivant du défunt : mais on a oublié tout cela: une si belle ùme ! pas grand génie, et fort bavarde: je l'aime de tout mon cœiu*. Vous me ferez l'amitié de venir dîner demain chez moi, j'irai inviter aujourd'hui même madame Guibert et sa fille.

DEI.ILI.E

C'est que demain il nous faudra continuer notre route.

MADAME SENNEVILLE

Si tôt !

DESROCIIES, ;i Delille.

Tais-toi donc, (iiaui) Votre aimable invitation est un motif assez p\iis«ant.

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