ACTE IV, SCKNE Vil. ISo
laissez passer encore celle-ci, qui vous répondra que l'impunité ne va pas les multiplier d'une manière effrayante? Vous perdrez tout aujourd'hui, mais vous vous sauverez par la suite. Mais, non, vous ne perdrez rien. La justice, la chicane, comme monsieur l'appelle, n'est pas si âpre qu'il voudrait vous le faire croire : elle a des formes, des lenteurs salutaires dont il est vrai que des fripons adroits abusent trop souvent; mais croyez qu'ils ne triomphent que par la faiblesse et l'insouciance des honnêtes gens. Quand un homme juste et ferme a le courage et la volonté de leur tenir tête, croyez qu'il parvient facilement à les démasquer, et je serai cet homme-là, moi.
MARASCHINI.
Bien ! brave homme. Je vous donnerai ma procuration.
FIAMMESGHI.
Et moi, la mienne.
DUHAUTCOUES, d'un Ion donroroux-.
Souffrez, mes bons amis, que je vous fasse entendre quelques paroles de paix. Je rends justice aux sentiments de monsieur, ils sont pui's et honnêtes; mais croyezmoi, finissez cette aifaire-là. M. Durville ne craint pas l'examen sévère dont on le menace. Calculez qu'il est jeune, qu'il peut tout réparer, et que peut-être dans quelques années nous le verrons faire tout à fait honneur à ses engagements. Pour le moment vous vous obstineriez en vain: le plus sûr est de signer.
GRAFF
Ma foi, oui, je crois que vous avez raison; je n'aime
pas les procès. (Il sVpproolie pour signer avec Prudent, et tous deux lisent l'acte tout bas.)
DUHAUTGOURS. *
Ni moi; c'est ce qui m'a fait signer le premier.
FRANVAL
Tu as be lu changer de ton, hypocrite, tour <à tour colère et doucereux.
186 UUHALTCOURs;.
DUHAUTCOURS.
Les injures ne m'ont jamais effrayé ; elles ne prouvent rien que les torts de ceux qui les disent. Ces messieurs. en signant, répondent sans réplique à vos déclamations.
FRANVAL
Quels sont ces gens-là?
Ce sont des gens qui vous valent bien. M. Graff, négociant, Irlandais d'origine, et qui sait ce qu'on doit au malheur; à qui il est dû, par compte arrêté, quatrevingt-deux mille francs; M. Prudent, un honnête marchand qui a le malheur d'être sourd, mais à qui il n'en est pas moins dû vingt-cinq mille trois cents francs. Qu'avez-vous à leur opposer? Voilà leurs titres. Ils sont clairs et authentiques.
FRAXVAL.
Je n'ai pas besoin de les regarder; ils sont faux.
GRAFF
Faux .!
DUHAUTCOURS.
Qu'est-ce à dire ? ils sont faux !
PRUDENT
Je n'entends pas.
FRANVAL
Oui, je le répèle, ils sont faux. Ah! si ces créances étaient légitimes, ces gens-là signeraient-ils aussi tranquillement la perte de leur fortune ? Leurs femmes, leurs enfants, ne se seraient-ils pas présentés à leur pensée? Voyez si le moindre trouble paraît sur leur physionomie.
GRAFF
Monsieur, vous m'insultez, et je ne crois pas mériter... Vous parlez de femme, d'enfants ; je suis garçon, et ma fortune e.st assez conséquente, certainement, pour que je sois au-dessus d'une pareille misère.