‹ Théatre de PicardChapitre 163 sur 406 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

brouille. Ce Franval, ces maudits créanciers... Il ne vous reste plus qu'une ressource...

DURVILLE

Laquelle ?

DUHAUTCOURS.

De disparaître pour laisser passer Torage.

DURVILLE

Que dites-vous ? Fuir ! abandonner ma femme !

DUHAUTCOURS,

Vous laisserez sur votre secrétaire un billet qui la. tranquillisera ; il circulera des bruits de désespoir, de suicide ; vos affaires s'arrangeront, et vous reparaîtrez.

DURVILLE

Fugitif! déshonoré! sans amis!

DUHAUTCOURS.

Songez donc que je vous accompagne.

DURVILLE

Non. Je ne fuirai pas.

DUHAUTCOURS.

Qu'allez-vous faire?

DURVILLE

Je ne sais encore; mais je ne fuirai pas. Vous m'avez poussé sur le bord de l'abîme, mais vous ne m'entraînerez pas avec vous. Je reste.

DUHAUTCOURS.

Mais pen=;ez donc...

Laissez-moi. J'ai eu la faiblesse de vous écouter; je me suis interdit le droit de vous faire des reproches mais c'est vous qui m'avez perdu. (ii s'aR«ied.)

198 DUHAUTCOURS.

DUHAUTCOUKS, à part.

Oui dà, monsieur Durville, je m'y attendais. Un beau mouvement de remords, et vous vous tirerez d'affaire en me sacrifiant ; non pas, s'il vous plaît. (Haut.) Ainsi, vous vous décidez à payer?

DURVILLE

Oui, je payerai tout.

DUH.VUTCOURS.

Vous payerez tout... Vous ferez bien, et je suis enchanté pour ma part...

DURVILLIÎ.

Pour votre part ?

DUHAUTCOIIRS.

Oui, sans doute, j'y gagne.

DURVILLE

Comment ?

DUHAUTCOURS.

Ne suis-je pas votre créancier?

DURVILLE

Ociel!

DUHAUTCOUBS.

D'une somme assez considérable. Je me contentais de vingt pour cent, j'aurai tout.

DURVILLE

Mais vous savez trop bien...

DUHAUTCOURS.

Ne dites donc pas cela, ou tâchez de le prouver contre votre signature. Je voulais faire vos affaires ; vous ne le voulez pas, je dois songer aux njiennes.

DURVILLE

Misérable ! malheureux !

DUHAUTCOURS.

Point do colère, point d'injures, et calculez que je n'ai

ACTi-; V, SCtNF'lS \l ET V!l. 199

rien à perdre, et que vous, vous avez tout à ménager Vous m'avez embarqué dans une mauvaise affaire, il faut que je m'en tire honnêtement. Je vous laisse à vos réflexions, et je reviens avec mon titre.

SGEXE YI.

DURVILLE, seul.

J'aurais dû le connaître. Point de preuves, pas même une contre-lettre... De quoi puis-je me plaindre? Que me fait-il que je n'aie tenté de faire aux autres? Allons, il est peut-être temps encore d'écouter la voix de l'honneur. Mais la honte de révéler., , Ah! qu'il me soulagerait d'un grand poids celui qui m'arracherait un tel aveu. Franval, Delorme, tous deux sévères et déjà victimes de ma cupidité... Ma femme, elle m'est sincèrement attachée... Mais c'est à moi qu'elle doit ses chagrins, ...ses défauts peut-être.... Ai-je encore quelques droits à

son indulgence, à sa pitié... (Ti.ant un portefeuille de sa poche.)

La voilà cette fortune à laquelle j'ai sacrifié mon honneur, mon repos, ma conscience! Je la possède, et je suis le plus à plaindre des hommes !

SGEXE VII.

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