ACTE II, SCi:.\E Vlll. 2o
MADAME DE SAINT-PHAR
Y pensez-vous?
DORVILÉ.
Pourquoi donc pas? Il est riche, il est aimable, il est bon.
MADAME DE SAINT-PHAR
En vérité, mon frère, voilà une idée d'une extravagance...
Ne vous trouvait-il pas cliarnianle tout à l'heure? Quoique moins riche que lui, ne jouissez-vous pas d'une certaine fortune, puisque vous retrouvez tous vos for-ds dans la vente de mon château? Tout neuf et étranger dans le monde, ne lui faut-il pas une femme qui saclie gouverner, régler, recevoir et dépenser honorablement.
MADAME DE SAIXT-PHAR
C'est possible... mais la proposition est d'une brusquerie... Et sa petite Georgette?
DORVILÉ.
Fi donc! une paysanne, la fille d'un jardinier! Il lui fera du bien, il l'établira, et il vous épousera.
MADAME DE SAINT-PHAR
Mais point du tout; vous rêvez, je crois; Marcelin peut avoir beaucoup de qualités, mais vous entendez bien que je ne puis me mêler de cette afiaire-là.
DORVILÉ.
Eh! non, laissez-vous conduire, je me charge de tout. L'ami Valberg pourra nous aider; il va venir dîner avec nous; il est d'une adresse... et dévoué comme il l'est à nos intérêts...
MADAME DR SAINT-PHAR
Oui, ne parlant jamais que d'àme et de sentimont.
DORVILÉ.
Précisément, il y a de quoi séduire Marcelin.
MADAME DE SAINT-PHAK
Je n'aime pas votre Valberg ; je voulais rompre avec lui: je conçois qu'il peut vous être utile...
DORYILÉ.
C'est cela ; on se brouille avec les gens quand on n'en a pas besoin ; on s'en rapproche quand ils peuvent servir. Justement le voici ; il faut lui dire franchement tout ce qui nous arrive.
MADAME DE SAINT-PHAR
Mon frère est d'une vivacité !