‹ Théatre de PicardChapitre 262 sur 406 · ACTE V, SCENE XII. 33o · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE XII. 33o

GASPARD

A qui faut-il faire la cour, voulez-vous dire? A tous deux. Marcelin épouse Georgette Delorme.

VALBERG

C'est ce qui pouvait vous arriver de plus heureux; vous me voyez pénétré de sensibilité....

GASPARD

Tu le vois, mon ami, nous sommes les très-humbles serviteurs de nos passions, qui elles-mêmes obéissent aux événements. Un sourire de bienveillance que je n'attendais pas, la distraction de celui que je saluais, mille accidents graves ou puérils, vont influer d'une manière si forte sur moi, sur mon voisin, sur la femme que j'aime , qu'en un instant ils auront varié à Tinfini notre humeur, notre conduite, nos projets... Quand je te disais que nous sommes tous des marionnettes.

FIN nu CINQUIKME KT riERMEH ACTE

LES

COMÉDIE EN TUOIS ACTES ET EX PROSE Représentée pour la première fois, le 10 août 1816.

PREFACE

Je veuais d'essayer de composer une comédie sur un homme à qui l'on fait une double réputation et qui n'en mérite aucune des deux : je pensai qu'il pourrait être comique de présenter un homme à qui l'on croit les qualités d'un autre, qu'on est tout étonné de trouver fort différent du portrait que Ton s'en était fait, de la réputation qu'on lui attribuait, et je fis les Deux Philibert.

Pour cette fois je ne me trompai point; la pièce est comptée au nombre de mes bonnes comédies. Elle obtint le plus grand succès. J'en fus d'autant plus content que le public commençait à ne me plus gâter. Il était déjà devenu aussi sévère pour les ouvrages que je lui offrais qu'il s'était montré indulgent ^.our mes premiers essais.

Les premières scènes sont peut-être un peu embarrassées; mais m'étant décidé, à faire passer le premier acte dans une rue, je crois avoir réussi à choquer le moins possible la vraisemblance. Il se peut à la rigueur que les choses se passent ainsi dans une rue isolée.

C'est un peu la manière des opéras comiques de Sédaine, et je ne dis pas cela comme un reproche que je me fais. L'intervention du traiteur de l'allée des Veuves qui vient demander à Philibert, l'homme de mérite, le prix du repas servi à Philibert, le mauvais sujet, me parait une exposition heureuse et comique.

Un critique me reprocha d'avoir montré un homme raisonnable comme M. Duparc, se choisissant un gendre sur la parole dun maitre de musique. Mon

3i0 PREFACE.

ancien notaire n'en agit pas ainsi. Il me paraît tout naturel que, désirant marier sa fille, il demande à Clairville, qui est fort répandu dans le monde, s'il ne connaiti'ait pas quelque jeune homme qui convînt à sa fille, tout en se réservant de bien prendre ensuite ses informations. Le lecteur aura sans doute rencontré comme moi de bons pères de famille, qui, dans l'inquiétude de bien marier leur enfant, disaient volontiers à tout venant : « Trouvez-moi donc un mari « pour ma fille. «

Un autre criti(|ue prétendit que j'aurais dû donner plus de développement au rôle de riiomme de mérite. Ou m'avait déjà fait un reproche à peu près semblable pour les Marionnettes. On aurait voulu que, dans cette dernière pièce, je développasse le personnage du riche ruiné autant c{ue celui du pauvre enrichi. Je crois les deux observations mal fondées. Une des premières règles, selon moi, de l'art dramatique est de tout subordonner à un principal personnage. Tous les autres rôles doivent se grouper autour de lui, soit comme rôles d'opposition, soit comme rôles servant à développer le caractère de ce principal personnage. Dans les Marionnettes, c'est l'enivrement de Marcelin que j'ai dû peindre; il me suffit d'avoir indi(jué que Dorvilé est ruiné. Dans les Deux Plùlïbert, c'e^l Philibert le mauvais sujet dont je dois développer le caractère; il me suffit d'indiquer que son frère est un homme de mérite.

La fin du premier acte et tout le deuxième me paraissent comiques et renfermant des détails de mœurs assez vrais. Il y a un rôle presque épisodique qui fait rire : c'est celui du cousin Pastoureau. Franchement, je n'en attendais pas autant d'effet, il me semblait un peu chargé.

PRÉFACE. 341

Le troisième acle n'est pas le plus fort, et c'est celui qui réussit le plus à la représentation. Je crois y avoir employé un moyen de succès qui n'est pas à dédaiguer. C'est plutôt une suite de tableaux qu'une suite de scènes. Philibert aine et son valet arrivant tout essoufflés et en désordre, s"asseyant sur des bancs de pierre, sonnant à la grille de la maison de Duparc; Philibert cadet au balcon du café, tantôt aiguisant sa queue de billard, tantôt buvant un pelit verre de liqueur, puis rajustant la toilette de son frère, et de retour au balcon du café s'accusant luimême : tout cela, je crois, devait plaire dans un temps où le public préfère l'action aux développements.

Mais la principale cause du succès, c'est que, tout en riant de mon mauvais sujet, on s'intéresse à lui, et qu'au milieu de son libertinage, il est ce qu'on est convenu d'appeler un bon enfant. C'est un grand bonheur pour Fauteur comique d'avoir à peindre un ridicule qui ne retire pas au personnage l'affection du spectateur. Ce bonheur m'était arrivé déjà dans M. Musard.

Il y a d'ailleurs dans la pièce un fond de vérité qui dut frapper beaucoup de monde. Il est peu de familles qui n'ait son mauvais sujet. On le gronde, on l'aime; on le repousse, on l'accueille; on se plaint de ses fredaines, on en rit; ou jure qu'on ne fera plus rien pour lui, et l'on tinit toujours par venir à son aide.

PERSONNAGES

PHILIBERT aîné.

DUPARG, ancien notaire.

CLAIRVILLE, maître de musique.

PASTOUREAU, cousin de Duparc.

JOSEPH, valet de Duparc.

COMTOIS, valet de Philibert aîné.

LE PORTIER de la maison Duparc.

UN TRAITEUR

MADAME DERYIGNY, belle-mère de Duparc.

SOPHIE, fille de Duparc.

MARIANNE, servante de Duparc. femme de Joseph.

Le premier acte se passe à Paris, les deux autres à la c:impagno.

LES

Page 1