ACTE I, SCENE XI
riens. Qu'en résulte-t-il? Hier soir, je donne un souper délicat, trop délicat, puisque lorsqu'il s'agit de payer, je me trouve dénué de fonds. J'étais un peu gai, et ma foi j'ai trouvé plaisant de prendre ton nom et ta qualité. Ce matin, par procédé, je veux te px'évenir, et il me faut courir jusqu'aux boulevards des Invalides pour te trouver. Heureusement j'ai eu une affaire qui m'amène dans ce quartier : oui, je viens chercher un homme à qui mon ami Salomon a dû me recommander. Mais vois à quoi tu m'exposes, à quoi tu t'exposes toimême ; si le traiteur va te chercher à ton ancien domicile?
PHILIBERT aîné.
On s'y est présenté.
PHILIBERT CADET
Vois-tu ?
PHILIBERT aîné.
On est venu me relancer jusqu'ici.
PHILIBERT CADET
Déjà?
Et j'ai payé.
PHILIBERT AINE
PHILIBERT CADET
Tu as payé ! tu as bien fait. J'en suis enchanté pour ces bonnes gens; car, suivant toute apparence, je les aurais fait attendre. Tu as payé, mon frère! voilà un trait! j'en pleure d'attendrissement et de reconnaissance. Mais je suis accoutumé à tes belles actions.
PHILIBERT aîné.
îs'as-tu pas de honte de mener ainsi une vie d'aventurier? Sans reproche, ne devrais-je pas être las de venir à ton secours ? Tu n'as pas pu rester m^ême au ministère auquel je suis attaché. Tu crois te justifier, en disant que tu as une mauvaise tète et un bon cœur. Belle excuse! c'est celle de tous les gens qui se con-
duisent mal. J"ai une mauvaise tète, donc j'ai un bon cœur. Très-mauvaise conséquence. Oui, tu es bon; je le sais, moi ; mais ceux qui ne te connaissent que par tes folies, ne sont-ils pas en droit d'en douter? Que leur importe, d'ailleurs, que tes fautes viennent de méchanceté ou d'étourderie?... Mais qu'est-ce que je lais? Ce que je te dis là, je te l'ai dit cent fois; je devrais être bien guéri de la manie de te prêcher; je me tais.
PHILIBERT CADET
Non, parle, continue, continue, mon cher frère; tu as raison; je ne suis ton cadet que d'un an; et je parais plus vieux que toi; et combien je me trouve en arrière de ta réputation et de ta fortune! cela me fait honte. Combien de fois ne m'est-il pas arrivé, en me faisant annoncer quelque part, d'entendre qu'on se disait : « Monsieur Philibert; est-ce l'homme de mérite ? Non, « c'est son frère. » — Tu conviendras que c'est fort désagréable. Mais tu ne m'écoutes pas.
PHILIBERT aîné.
Parle, parle toujours, je t'entends de reste, (phiiibei-t aîné
se promène, s'iissiod sur un banc devant sa porle, écrit sur ses tablettes.' PHILIBERT CADET.
Veux-tu que je te dise ? tout le mal vient de ce que j'ai été gâté par ma mère, tandis que mon père te faisait élever admirablement dans un collège de Paris. Après tout, ces emplois que tu m'avais obtenus, je ne les ai plus : est-ce un .si grand malheur? Je ne veux plus de place. Il me faut une existence libre, active, indépendante. Je veux faire des affaires. Oui, mon ami, des affaires de courtage et de commission, mais en grand, d'une manière vaste et avantageuse à mes concitoyens. J'ai déjà commencé. L'homme que je viens chercher dans cette rue précisément peut m'être trèsutile; et tiens, chez ce traiteur, hier... c'était un petit souper ds spéculation. Nous avions la maîtresse du