ACTE I, s(;i:xE III. y
DESROCHES
La nature semble avoir pris plaisir à embellir, à protéger celte petite ville : c'est peul-èlre là (jue ?e trouve le bonheur.
DRLII.LR.
Bon! ne voilà-t-il pas rrntliousiasme qui te prend! En vérité, mon pauvre arfii. lu es un singulier original ; la moindre contrariété te met en fureur, et aussi prompt à te calmer qu'à l'emporter, tu t'enflammes pour l,e premier objet !
DESROCHES
J'ai eu tort, n'est-ce pas, de rompre sur-le-champ mon hymen avec ta chère cousine, celte veuve ingrate, madame Belmont, que je m'en veux d'ain:er encore, de fuir pour m'arracher à cet indigne amour !
DEI.ILLE
Ce ne serait pas le premier tort que lu aurais eu.
DESROGHES.
Ne l'ai-je pas vue, dans cette fêle que j'ai eu la sottise de lui donner la veille du jour arrêté pour notre contrat, accueillir, traiter familièrement un inconnu, un jeune officier. Ne l'ai-je pas surprise en grande conversation tète-à-tête avec ce jeune homme.
DELILLE
Je ne vois là que des apparences qui peuvent être .trompeuses. Fortune, beauté, excellent caractère, ma cousine réunit tou*', et tu pars comme un fou, sans rien approfondir, sans lui demander quel était ce jeune militaire. ^
DESROGHES.
C'est que j'étais éclairé par mes premières aventures. Des intrigants, des fripons, des joueurs, des coquettes et des prudes, voilà ce Paris que j'abandonne, et loin duquel je veux aller chercher des vertus et le bonheur!
DELILLE
Si tu cours après ces ol)jets, tu voyageras longtemps.
10 LA l'ETlTE VILLF..
Non que je prétende quïls n'existent nulle part ; mais tu chancres de façon de penser avec tant de rapidité. Ce qui le plaît aujourd'liui, à coup sûr demain sera l'objet de ta satire. Jeune, riche, maître de tes actions, tu étais né pour être heureux avec cette chère parente, que je me plais à ne pas croire aussi coupable. Je t'ai vu admirateur de Paris, étonné qu'on put le quitter un instant, et maintenant tu voyages sans autre but que de t'en éloigner. Ta pars sans dire adieu à les amis; lu me proposes de te suivre, je t'accompagne, mais sans jurer, comme toi. de ne plus revoir ce Paris où j"ai été trompé comme un autre, où j'ai rencontré aussi des fourbes et des coquettes, mais contre lequel je n'ai pas pris d'humeur pour cela, parce que je .sais qu'il y en a partout comme à Paris.
DESROCHES
Oh ! c'est un peu fort. Ecoule : je ne veux pas m'ériger en défenseur langoureux des plaisirs et de la vie champêtre: mais, par exemple, dans celle petite ville, dont nous admirions tout à l'heure la situation pittoresque, comment peux-tu croire qu'il y ail autant de corruption, autant d'intrigue cl de mensonge qu"à Paris?
DELUXE.
Mais oui. Les vices y sont les mêmes, et d'autant plus misérables, qu'ils s'exercent sur de plus minces sujets. Je n'y connais personne, je n'y suis jamais entré; mais il me semble voir d'ici la morgue des hommes, les prétentions des femmes, les haines des fomilles, le regret de ne pas être à Paris, les petites ambitions, les grandes querelles sur des riens, la coquetterie des petites filles, l'esprit sordi4e cl mesquin dans l'intérieur des ménages, le faste ridicule et de mauvais goût dans les repas priés.
DESROCHES
Oui ; mais le repos, la tranquillité...
DELILI.B.
?auf l'envie, la jalousie, les haines, les caquets, la
ACTt: 1, SCENE IV. 11
médisance et la caloninio. dont l'aclivité est doublée >jar roi'^ivetc. par l\'n!iui.
DESROCHES
Bast! nous voyageons pour nous amuser, nous avons deux heures à passer ici, et j'ai dans iïdée qu'elles peuvent nous être à la fois agréables et utiles.
DEMELE.
C'est ce que je te disais, et ce que tu rejetais avec tant d'humeur avant que ton enthousiasme t'eut saisi.
DESROCHES
Il faudrait trouver quelqu'un qui nous indiquât le plus court chemin. Il faut bien y aller à pied, puisque
notre Lliaise est brisée. (Ici on cn'omi un coup do fusil). Qu'est-ce que c'est que cela?
DELII.LE, rej;ai-J;int dau-i la coulisse.
Il serait assez plaisant qu'à la perte de cette ville, que tu t'imagines l'asile du bonheur et de la vertu, nous fussions attaqués par des voburs.
DESROCHES
Où diable vas- tu chercher des voleurs? II n'y en a pas dans ce pays-ci.
RIFLARD, lUms la coulisse,
Apporte, appelle, Patincau ; là bien; là, bon chienl
DELILLE
C'est un chasseur.
DESROGHES.
L'enlends-lu qui cause avec son chien?