SEPTIME
Seigneur...
CÉSAR
Allez, Septime, allez vers votre maître ; César ne peut souffrir la présence d'un traître, D'un Romain lâche assez pour servir sous un roi, [Après avoir servi sous Pompée et sous moi.
(Septime rentre.) CORNÉLIE.
César, car le destin, que dans tes fers je brave, 985
975. Var. Sitôt qu'ils ont pris port, vos chefs, par vous instruits. (1644-64.)
980. Cette impatience de César a quelque chose qui nous choque, car notre impatience, à nous, est toute contraire : nous attendons le moment où le fade soupirant de Cléopâtre redeviendra le héros qu'il était tout à l'heure. Par bonaeur pour lui, Cornélie va paraître, et, dès les premiers mots de la scène suivante, surmontant ce mouvement d'humeur indigne de lui, César reprendra possession de lui-même.
98a. Remarquez cette construction d'assez, placé en général avant l'adjectif
Aurais-tu du courage assez pour l'enlever? (Veuve, 761.)
984. « Ces quatre vers de César à Septime relèvent tout d'un coup le caractère le César, et le rendent digne d'écouter Cornélie. » (Voltaire.)
985. Var. César, car le destin, qui m'outre et que je brave. (1644-56.)
, On sait quelle guerre acharnée les puristes, au début du xvne siècle, firent à la conjonction car, que Gomberville avait exclue de son roman de Polexandre, et que défendait Voiture dans une lettre à MIlc de Rambouillet: « Pour moi, je ne puis omprendre quelles raisons ils pourront alléguer contre une diction qui marche oujours à la tête de la raison et qui n'a point d'autre charge que de l'introduire: e ne sais pour quel intérêt ils tâchent d'ôter à car ce qui lui appartient pour e donner à pour ce que, ni pourquoi ils veulent dire avec trois mots ce qu'ils
Me fait ta prisonnière et non pas ton esclave,
Et tu ne prétends pas qu'il m'abatte le cœur
Jusqu'à te rendre nommage, et te nommer seigneurs
De quelque rude trait qu'il m'ose avoir frappée,
Veuve du jeune Crasse, et veuve de Pompée, 990
Fille de Scipion, et, pour dire encor plus,
Romaine, mon courage est encore au-dessus;
Et de tous les assauts que sa rigueur me livre,
Rien ne me fait rougir que la honte de vivre.
J'ai vu mourir Pompée, et ne l'ai pas suivi; 995
Et, bien que le moyen m'en ait été ravi,
Qu'une pitié cruelle à mes douleurs profondes
M'ait ôté le secours et du fer et des ondes,
peuvent dire avec trois lettres. » Dans sa comédie des Académistes, Saint-Evremond fait défendre la cause de car par Desmarests contre Gomberville et Gotnbauld :
De car viennent les lois, sans car point d'ordonnance.
« Quelle persécution le car n'a-t-il pas essuyée! et, s'il n'eût trouvé de la protection parmi les gens polis, n'était-il pas banni honteusement d'une langue à qui il a rendu de si longs services, sans qu'on sût quel mot lui substituer? » (La Bruyère, De quelques usages.) On voit par ce vers célèbre qui ouvre le discours de Cornélie que Corneille était de ceux qui tenaient à réhabiliter car et à le mettre en pleine lumière.
98G. Et non pas; nous dirions plutôt aujourd'hui, en retranchant la négation pas: et non ton esclave.
987. Au v. 95, on a vu abattre employé dans un sens figuré analogue.
988. « Elle se vante d'appeler César par son nom et de ne point l'appeler seigneur; mais le nom de seigneur n'était donné à personne : c'est un terme dont nous nous servons au théâtre français, et dont Cornélie abuse : il \ient du mit latin senior, et nous l'avons adopté pour en faire un titre honorifique. Cornélie peut-elle s'excuser de ne pas donner à un romain un titre français ? » (Voltaire.) C'est faire à Corneille une bien petite chicane, car il est établi grammaticalement que seigneur et sire sont deux formes du même mot, et dominus en latin n'a pas un sens moins fort. Voilà pourquoi Cornélie se refuse à appeler César du nom de seigneur, c'est-à-dire à reconnaître en lui son maître. Du reste, dons Horace, le bon roi Tullus Hostilius est bien appelé Sire et Votre Majesté. Si c'est un anachronisme, il est pardonnable. La critique de Vauvenargues est plus sérieuse : « Cette affectation de grandeur que nous prêtons aux Romain! m'a toujours paru le principal défaut de notre théâtre et Vécueil ordinaire des poètes. Si Agrippine eût dit, comme Cornélie : « Néron, carie destin, etc. », alors je ne doute pas que bien des gens n'eussent applaudi à ces paroles et les eussent trouvées fort élevées. » (Réflexions critiques sur quelques poètes.) Il n'y a, ra nous semble, aucune comparaison à faire entre la situation de l'ambitieuse Agrippine, forcée de plaider sa cause pour reconquérir le pouvoir qui lui échappe, et celle de l'altière Cornélie, vaincue, mais non pas résignée, et dont la seule pensée désormais est une pensée de vengeance. Les situations changeant, la ton no doit-il pas changer aussi?
090. On sait déjà que le premier mari de Cornélie avait été le jeune Publius Crassui, qui avait suivi son père dans L'expédition contre les Parthes et avait partagé son triste sort. Corneille Be plait à franciser ainsi les noms latins, et a écrire Brute, Agrippe, Cassie, Manlie, les Cosses, les Métels, etc.
998 Potuit cernetu tua vaincra, Magne,
Non fugere in mortem, Lncain, 1\, L04-10B.)