ACTE IV, SCÈNE II
CLÉOPATRE
Sur quelque brouillerie, en la ville excitée : Il a voulu lui-même apaiser les débats Qu'avec nos citoyens ont eus quelques soldats; Si moi, j'ai bien voulu moi-môme vous redire Oue vous ne craigniez rien pour vous ni votre empire; H 90 Et que le grand César blâme votre action \.vec moins de courroux que de compassion. vous plaint d'écouter ces lâcbes politiques
>ui n'inspirent aux rois que des mœurs tyranniques : Vinsi que la naissance, ils ont les esprits bas. 4195
n vain on les élève à régir des Etats : Jn cœur né pour servir sait mal comme on commande ; 5a puissance l'accable alors qu'elle est trop grande; ït sa main, que le crime en vain fait redouter,
aisse choir le fardeau qu'elle ne peut porter. 1200
fous dites vrai, ma sœur, et ces effets sinistres
récédente prouve assez que Ptolomée ne parle pas sérieusement ; il ne veut que iindre et tromper Cléopàtre. » (Palissot.)
1186. Brouillerie a ici le sens de trouble, et se disait autrefois brouillis en 3 sens. Dans son Discours sur l'histoire universelle, Bossuet emploie plusieurs )is ce mot en lui donnant la signification, aujourd'hui vieillie, que lui donne orneille.
1188. « Il y a eu sans accord dans toutes les éditions publiées du vivant de orneille et même encore dans celle de 1692. » (Note de l'édition Régnier.) Ce 'était pas là une licence poétique, car Vaugelas, Ménage, Bouhours, le sévère aomas Corneille lui-même admettaient que le participe restât indéclinable quand . était suivi d'autres mots, et spécialement quand le verbe précède son nominatif, s qui est le cas ici. La règle ne s'établit définitivement qu'au xvm« siècle. Voyez otre édition de Cinna au v. 174 et la Grammaire de M. Chassang, qui cite lusieurs exemples de ce défaut d'accord, empruntés, non seulement à Corneille, îais à Racine.
1195. Esprits, au pluriel, a souvent le sens du latin animi, sentiments :
Votre amour en tous deux fait ce combat d'esprits. {Ciima, 631.)
De la plus forte ardeur vous portez vos esprits
Jusqu'à l'indifférence et peut-être aumépris. (Polyeucte, 483.)
Au reste, de même qu'en latin animus et mens sont souvent confondus, Coreille emploie souvent esprit pour âme, cœur; voyez le v. 1281. 1197. Sur comme pour comment, voyez la note du v. 953. 1199. La main du cœur pourrait sembler bizarre si l'on n'entendait, comme orneille, par un cœur, un homme au cœur bas et servile. Nous ne croyons point ae l'auteur de Corneille inconnu, M. Levallois, ait raison de voir, ici et ailleurs, ne allusion aux ministres d'alors; à cette date, de telles allusions ne sauraient us atteindre Richelieu mort (elles seraient, du reste, trop injustes) et ne peuînt atteindre encore Mazarin.
1201. Dans Attila, où l'on trouve une semblable diatribe contre les favoris,. s mêmes expressions sont reproduites :
Les grands cœurs n'osent rien sous de si grand» ministres : Leur plus haute valeur na d'effets que sinistres. (III, 4.)
Me font bien voir ma faute au choix de mes ministres.
Si j'avais écouté de plus nobles conseils,
Je vivrais dans la gloire où vivent mes pareils ;
Je mériterais mieux cette amitié si pure 1205
Que pour un frère ingrat vous donne la nature;
César embrasserait Pompée en ce palais;
Notre Egypte à la terre aurait rendu la paix,
Et verrait son monarque encore, ajuste titre,
Ami de tous les deux, et peut-être l'arbitre. 121
Mais puisque le passé ne peut se révoquer,
Trouvez bon qu'avec vous mon cœur s'ose expliquer.
Je vous ai maltraitée, et vous êtes si bonne Que vous me conservez la vie et la couronne. Vainquez-vous tout à fait; et, par un digne effort, 1215
Arrachez Achillas et Photin à la mort : Elle leur est bien due; ils vous ont offensée; Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée : Si César les punit des crimes de leur roi, Toute l'ignominie en rejaillit sur moi: 122G
11 me punit en eux; leur supplice est ma peine. Forcez, en ma faveur, une trop juste haine. De quoi peut satisfaire un cœur si généreux Le sang abjet et vil de ces deux malheureux? Que je vous doive tout : César cherche à vous plaire, 1225
1202. Au choix, dans le choix ;sur à pour dans, voyez la note du v. 303.
1211. Révoquer le passé, prxteritum tempus revocare, c'est revenir sur le passé, l'annuler; il est plus rare qu'on emploie se révoquer, verbe réfléchi, pour être révoqué. Nous croyons qu'il faut entendre ici, non pas rappeler le passé (puisqu'il s'agit d'un meurtre accompli), mais supprimer le passé, faire en sorte que Pompée vive encore.
1218. En leur perte ; Corneille écrit : s'intéresser en, dans, pour, contre quelque chose ou quelqu'un. Il ne faut pas croire, au reste, qu'on puisse ici remplacer en par à; ce serait commettre un vrai contre-sens. Ptolomee ne veui pas dire : j'ai trop d'intérêt à les voir perdus; mais, tout au contraire : s'ils sont perdus, je suis déshonoré. Dans ces conditions, il semble fie le poète eût pu écrire plus clairement :
Mais ma gloire à leur vie est trop intéressée.
1222. Forcez, domptez ; ces deux mots étaient alors synonymes.
Apprends d'elle à forcer ton propre sontimnnt. (Polycudc, lliOl.)
Il y eu a d'innombrablea exemples dans le théâtre de Rotrou.
122;i. /)>■ quoi, en quoi, comment. M. Godefroy cite Larivey : « Mais de qwt me peut nuire cela? »
1224. Corneille écrit toujours abjet pour abject, au milieu .lu vers comme i > (i.i. Au v. 1207 de Cinna, on n vu abjets rimant avec projet*; dans î\ Corneille r.tit rimer deui fois abjet el sujet (v. G5 et 380). Ces mots, d'ailleuri n'ont ils pas la même étymologie, el si l'on n'a pas dit project , subject, pourquo a-t-on prit l'habitude d'écrire abject?