‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 117 sur 420 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

)ui, Reine, si quelqu'un, dans ce vaste univers,

Pouvait porter plus haut la gloire de vos fers ; 1260

S'il était quelque trône où vous pussiez paraître

^lus dignement assise en captivant son maître,

'irais, j'irais à lui, moins pour le lui ravir

)ue pour lui disputer le droit de vous servir;

St je n'aspirerais au bonheur de vous plaire 1265

]u'après avoir mis bas un si grand adversaire.

'était pour acquérir un droit si précieux )ue combattait partout mon bras ambitieux;

t. dans Pharsale même il a tiré l'épée

Jlus pour le conserver que pour vaincre Pompée. 1270

e l'ai vaincu, Princesse; et le Dieu des combats

l'y favorisait moins que vos divins appas :

s conduisaient ma main, ils enflaient mon courage;

ette pleine victoire est leur dernier ouvrage :

'est l'effet des ardeurs qu'ils daignaient m'inspirer; 1275

t vos beaux yeux enfin m'ayant fait soupirer, 3our faire que votre âme avec gloire y réponde,

'ont rendu le premier et de Rome et du monde.

'est ce glorieux titre, à présent effectif,

ue je viens ennoblir par celui de captif : 1280

eureux, si mon esprit gagne tant sur le vôtre,

|u'il en estime l'un et me permette l'autre !

CLÉOPATRE

p sais ce que je dois au souverain bonheur

lont me comble et m'accable un tel excès d'honneur.

e ne vous tiendrai plus mes passions secrètes : 1285

b sais ce que je suis ; je sais ce que vous êtes.

1266. Au v. 572, on a déjà vu : « La tyrannie est bas », comme, dans ertorius (939) : « Le tyran est bas ». Mettre bas était employé alors, mais ne le rait plus aujourd'hui, pour mettre à bas, abattre.

1270. Ici encore, on ne peut s'empêcher de songer au grand Cyrus, qui, selon ne de Scudéry, n'uvait conquis tant de pays et vaincu tant d'ennemis que pour aire à la belle Mandane.

1279. Effectif, réel. Corneille a dit de même : « la puissance effective. » î'ertharite, 972). On a vu, d'ailleurs, plus d'une fois, qu'au xvne siècle effet, alité, s'oppose toujours à parole, apparence vaine.

1280. Sur ce mot de captif, voyez la note du v. 400.

1281. Esprit pour àme, cœur, comme au v. 1185.

1282. « L'esprit de Cléopâtre que César prie d'estimer le titre le premier du onde, et de permettre celui de captif, est une chose intolérable. » (Voltaire.) 1285. Mes passions, mes sentiments, mon amour : il semble que le pluriel it imposé là seulement par la rime, car le singulier eût été plus simple et us clair; mais ce n'en est pas le seul exemple chez Corneille :

Elle remarque en lui tant <lc perfections

Que les moins éclaires venaient ses passions, {if élite, II, 1.)

Vous daignâtes m'aimer dès mes plus jeunes ans; Le sceptre que je porte est un de vos présents ; Vous m'avez par deux fois rendu le diadème : l'avoue, après cela, Seigneur, que je vous aime, Et que mon cœur n'est point à l'épreuve des traits .Ni de tant de vertus, ni de tant de bienfaits. Mais hélas! ce haut rang, cette illustre naissance, Cet Etat de nouveau rangé sous ma puissance, Ce sceptre par vos mains dans les miennes remis, 129c

A mes vœux innocents sont autant d'ennemis. Ils allument contre eux une implacable haine : Ils me font méprisable alors qu'ils me font reine; Et si Rome est encor telle qu'auparavant, Le trône où je me sieds m'abaisse en m'élevant; 13GM

Et ces marques d'honneur, comme titres infâmes, Me rendent à jamais indigne de vos flammes. J'ose encor toutefois, voyant votre pouvoir, Permettre à mes désirs un généreux espoir.

1290. Cet aveu même manque d'ingénuité : Cléopâtre semble dire à Césa | quelle l'aime parce qu'elle a reçu de lui le diadème; son amour serait donc d la reconnaissance, de l'ambition satisfaite, rien de plus.

1296. A mes vœux, pour mes voeux ; voyez le v. 1458, où Corneille emploies ] aussi à dans le sens de pour.

1298. Faire est ici pour rendre :

Son amour innocent, chassant le paternel.

Vous fera l'innocent, et moi le criminel. (Nicomèdc, 1062.)

1300. Corneille emploie très souvent se seoir pour s'asseoir, aujourd'hui beaucoup plus usité :

Je sais qu'il m'appartient, ce trône où tu te sieds. (Hér-aclius, 1+3.) Il se sied, il lui dit qu'il veut la voir pourvue. (Menteur, 626.) Sieds-toi, je n'ai pas dit encor ce que je veux. (Cinna, 1479.) Seyez-vous, et quittons ces petits différends. (Don Sanche, 239.)

M'abaisse en m'élevant est une de ces antithèses qu'aime à renouveler Corneille Cléopâtre veut dire que si Rome est encore la même et déteste toujours 1 royauté, son élévation même l'amoindrira aux yeux des Romains, qui la jugi ront indigne des « flammes » de César. C'est ce que dit aussi Pliénice à t maîtresse dans la Bérénice de Racine :

Rome hait tous les rois, et Bérénice est reino (I, 6), et le confident de Titus. Paulin, le lui répète :

Elle a mille vertus; mais, .-e gueor, elle ''-t reine... D'ailleurs, von- le savez, en bannissant -es rota. Rome 6 oe nom. si noble et si saint autrefois, Attacha pour Jamais une haine paissante; El quoiqu'à ses Césars Qdéle, obéissante, Cette haine, seigneur, reste de sa fierté, Survit dans ions les cœurs après la liberté. Jules, qu.l le premier, la soumit à ses armes, Qui lit taire les lois dans le bruit des alarmes, Brûla pour Cléopâtre. oi. sans .-e déclarer, Seulo dans l'Orient la laissa soupiior. (II, 2.)

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