‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 129 sur 420 · CORNÉLIE, CLÉOPATRE, ACHORÉE, PHILIPPE, CHARMION · texte numérisé non relu

CORNÉLIE, CLÉOPATRE, ACHORÉE, PHILIPPE, CHARMION

CLÉOPATRE

Hélas! sur son visage 1605

Rien ne s'offre à mes yeux que de mauvais présage.

Ne nous déguisez rien, parlez sans me flatter : Qu'ai-je à craindre, Achorée, ouqu'ai-je à regretter?

ACaORÉE.

Aussitôt que César eut su la perfidie...

CLÉOPATRE

Ce ne sont pas ces soins que je veux qu'on me die. 1610

1599. Tout ce petit débat philosophique de Cornélie et de Cléopàtre sur la Pronce nous paraît un peu froid, et ne sert, au fond, qu'à donner le temps au tidèle Achorée de voir la bataille et d'en venir faire le récit. « Après la scène de Cornélie, qui est un chef-d'œuvre de génie, on est fârhé de voir celle-ci. Quand le sujet baisse, l'auteur baisse nécessairement, et Cléopàtre n'est pas digne de parler à Cornélie. Ces scènes, d'ailleurs, ne servent ni au nœud ni au dénouement. Ce sont des entretiens, et non pas des scènes. » (Voltaire.)

1601. Aigreur a, chez Corneille, le sens très fort du latin acerbitas, et indique toute impression de chagrin ou de haine: au v. 1788 ce mot équivaut au mot amertume, bien plus énergique aujourd'hui. Voyez le v. 642 de Cinna.

1602. Intéresser dans; au v. 1218 on a déjà vu s'intéresser en. 1610. Die, ancien subjonctif pour dise, n'est point ici amené par la rime.

Corneille emploie fréquemment, dans le corps même du vers, cette forme archaïque

Je sais qu'il fit trancher et clore ce conduit

Par où ce grand secours devait être introduit;

Qu'il manda tous les siens pour s'assurer la place

Où Photin a reçu le prix de son audace ;

Que d'un si prompt supplice Achillas étonné 1615

S'est aisément saisi du port abandonné ;

Que le roi l'a suivi ; qu'Antoine a mis à terre

Ce qui dans ses vaisseaux restait de gens de guerre;

Que César l'a rejoint; et je ne doute pas

Qu'il n'ait su vaincre encore, et punir Achillas. 1620

ACHORÉE

Oui, Madame, on a vu son bonheur ordinaire...

CLÉOPATRE

Dites-moi seulement s'il a sauvé mon frère, S'il m'a tenu promesse.

ACHORÉE

Oui, de tout son pouvoir.

CLÉOPATRE

C'est là l'unique point que je voulais savoir.

Madame, vous voyez, les dieux m'ont écoutée. 1625

CORNÉLIE

Ils n'ont que différé la peine méritée.

CLÉOPATRE

Vous la vouliez sur l'heure, ils l'en ont garanti.

ACHORÉE

Il faudrait qu'à nos vœux il eût mieux consenti.

que Vaugclas ne proscrivait pas, mais que Thomas Corneille corrigea plus tard partout ou il le put.

Ma sœur, que je vous die une nouvelle. (Horace, 831.) Il est vrai pourtant que die est le plus souvent employé à la fin du vers :

Elle vaut Lien un trône, il faut que le die. (Rodonanc, 135.) Permettez que tout haut je le die et redie. (Psyché, 1100.)

M. Littré croit même qu'ainsi autorisée cette forme peut encore être conservée dans la poésie.

1611. On dirait aujourd'hui couper plutôt que trancher un chemin, mais ce mol était usité dans la langue militaire, que Corneille connaissait si bien et qui! employait si heureusement, au témoignage de Turenne. — Le conduit dont parle Cleopâtre est le souterrain dont Achillas a entretenu Ptoloméc au v. 1146.

1615. Etonné, frappé de stupeur, d'effroi; on a déjà plus d'une fois observé rombien s'était affaiblie l'énergie primitive de ce mot.

1 G2& . Y'ir. lui moins Cùsar l'etU fait, s'il l'avait consenti, 1644-1666.) Remarquez, dans la variante, consentir pris activement. Ici, ce verbe est

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