‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 162 sur 420 · ACTE I, SCÈNE I 5t · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I 5t

Dis-moi comme en ce lieu l'on gouverne les daines.

C'est là le plus beau soin qui vienne aux belles âmes,

Disent les beaux esprits. Mais, sans l'aire le fin,

Vous avez l'appétit ouvert de bon matin !

D'bier au soir seulement vous êtes dans la ville, 2o

Et vous vous ennuyez déjà d'être inutile!

Votre humeur sans emploi ne peut passer un jour!

Et déjà vous cherchez à pratiquer l'amour !

Je suis auprès de vous en fort bonne posture

De passer pour un homme à donner tablature : 30

J'ai la taille d'un maître en ce noble métier,

Et je suis, toutau moins, l'intendant du quartier-

DORANTE

Ne t'effarouche point : je ne cherche, à vrai dire,

Que quelque connaissance où l'on se plaise à rire,

Qu'on puisse visiter par divertissement, 35

Où l'on puisse en douceur couler quelque moment.

Pour me connaître mal, tu prends mon sens à gauche.

25. La quantité d'hier varie chez les poètes contemporains, mais Corneille fait toujours ce mot d'une seule syllabe. La ville, Paris, comme urbs pour Rome.

28. « On ne pratique point l'amour comme on pratique le barreau, la médecine. » (Voltaire.) « Le valet du ci-devant avocat lui rappelle par ce mot la profession qu'il vient de quitter; c'est là de très bon comique. » (Aimé Martin.) M. Marty- Laveaux n'admet point ce jeu de mots d'assez mauvais goût, et dit, avec raison, selon nous, que pratiquer l'amour est une expression peu délicate sans doute, mais fort bien à sa place dans la bouche d'un valet.

29. Etre en bonne posture, être en position favorable pour...

30. « Tablature. Ce mot désignait autrefois la totalité des signes employés pour écrire la musique, et plus particulerement une manière de noter la musique destinée à certains instruments, tels que le luth, le théorbe, la viole; elle substituait aux notes ordinaires des lettres posées sur et entre les lignes de la portée. Cette notation plus ou moins compliquée était difficile à déchiffrer, et c'est de là que vient la locution : donner de la tablature à quelqu'un, pour dire : lui donner de la peine, de l'embarras. Lire couramment ou à livre ouvert ces tablatures n'était pa.s l'affaire de tout le monde; il fallait pour cela être musicien consommé; aussi :eu\ qui en étaient capable^ se montraient-ils fiers de \eu\ habileté. De là est eenue cette autre locution : pouvoir donner de la tablature à quelqu'un, pour : pouvoir l'instruire, être plus habile que lui. » (M. Marty-Laveaux.) M. Godefioy, dans son Lexique, traduit tablature par instruction, avis: donner tablature par instruire, cite des exemples analogues de Naude, Mlle de Montpensier, Mme de Coupelles, et, par une étrange contradiction, explique ici la même locution par : ionner de la peine, mettre en cervelle, donner martel en tète. Il est évident, au îontraire, qu'ici elle a le même sens que dans une comédie antérieure de Coraeille :

Ne m'importunez point de votre tablature ;

Sans ■!? instructions je sais bien mon métier. (Suivante, II, 1.)

31. Avoir la taille de signifie ici : avoir le mérite, l'expérience de.

36. Couler en douceur, dans la douceur, passer doucement, agréablement ; en iouceur a plus souvent le sen3 de peu à peu, avec ménagement, par une insen nble gradation.

! 37. h Un jugement à gau'Me » (Molière, Etourdit II, xiv), c'est un jugement de

J'entends ; vous n'êtes pas un homme de débauche,

Et tenez celles-là trop indignes de vous

Que le son d'un écu rend traitables à tous : 40

Aussi que vous cherchiez de ces sages coquettes,

Où peuvent tous venants débiter leurs lleurettes,

Mais qui ne font l'amour que de babil et d'yeux,

Vous êtes d'encolure à vouloir un peu mieux.

Loin de passer son temps, chacun le perd chez elles, 45

Et le jeu, comme on dit, n'en vaut pas les chandelles.

Mais ce serait pour vous un bonheur sans égal

Que ces femmes de bien qui se gouvernent mal,

Et de qui la vertu, quaud on leur fait service,

N'est pas incompatible avec un peu de vice. 50

Vous en verrez ici de toutes les façons.

Ne me demandez point cependant de leçons;

Ou je me connais mal à voir votre visage,

Ou vous n'en êtes pas à votre apprentissage :

Vos lois ne réglaient pas si bien tous vos desseins, 55

Que vous eussiez toujours un portefeuille aux mains

DORANTE

A ne rien déguiser, Cliton, je te confesse

Qu'à Poitiers j'ai vécu comme vit la jeunesse;

J'étais en ces lieux-là de beaucoup de métiers :

Mais Paris, après tout, est bien loin de Poitiers. 60

Le climat différent veut une autre méthode :

travers ; prendre à yauche signifie doncici : mal comprendre,se mé| ren Ire sur.» — Mon sens, sententia, sensus, le sens de mes paroles.

40. Voltaire, qui blâme ici les libertés de l'ancien théâtre, dit «pu- ce vers est imité de la satire de Régnier intitulée Macettc. (Satire XIII.)

42. « Cela n'est pas français. On dit bien la maison où j ai été. mais non la coquette où j'ai été. » (Voltaire.) On le disait communément au xvn* siècle, et l'on employait où pour: chez qui, auprès de qui, etc. Voyez le vers S83,

Le véritable Amphitryon

Est l'Amphitryon où Ion dino. (Amphitryon, III. 5.) Var. Qui bornent au babil leur» faveurs plus sécrétas.

Sam qu'il vous soit permis déjouer que des yeux. (1S44-18S6.)

44. Être d'encolure, être de taille, de tempérament à... Cette locution figurée n'est plus usitée; on disait aussi: avoir l'encolure de, pour : uvoir l'apparence

«le...

iii. Les chandelles. Cette locution triviale est moins déplacée que ne le pense Voltaire dans La bouche du valet Cliton ; mais le singulier est plu fréquemment employé que le pluriel.

59. Etre de tous métier 8, selon M. Littré, signifie être intri an!, capable de se prêtera tout selon les conjonctures: « Vous faisiez des 1 i \ i •■-> de <l-\ ..i -on sans être dévot, vous vouliez être de tous les métiers. » (Fénélon // — nw des Morts, 10.) Ici, le sens est différent, el M. Martj Laveaui expl jetais de

toutes les parties, j'avais beaucoup d'aventures, je menais joyeuse vie. u. Est bien loin de Poitiers, c'est h dire: est for î différent de Poil

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