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Nouvelle Béloïse, II

3 Mémoires pour Marie-Françoise Dumesnil.

après lui, les actrices qui jouaient Cornélie dans les pièces de Garnier, de Chaulmer et dans la sienne, paraissaient sur le théâtre sous ce costume de convention qui est le symbole universellement accepté du veuvage; mais, historiquement, les poètes avaient raison de la faire paraître ainsi. On n'a pas assez remarquéj que Lucain lui-même, en nous peignant le désespoir de Cornélie, la revêt de ces vêtements de deuil qui étonnaient si fort Mlle Clairon :

Sic ubi fata, caput ferali obduxit amictuA

Ceci dit, et pour nous disculper d'avoir semblé accorder trop d'importance à ces détails, nous ne pouvons mieux faire que nous approprier l'opinion d'un critique éminent 2 : « Quelle a été l'idée de Corneille en ramenant Cornélie ? C'était de nous donner l'impression d'une douleur majestueuse et fière, qui bravait César en sa victoire. Eh bien, Cornélie arrive en grand deuil, et j'ai tout aussitôt la sensation d'un veuvage; tout de suite j'entre en part des sentiments qui doivent agiter Cornélie et qu'elle va exprimer en beaux vers. Que m'importe comment et où elle s'est procuré ces habits, et même si elle a pu se les procurer ? Ce sont là des détails de la réalité vulgaire et plate, qui n'ont rien à voir dans l'action du drame. La voilà veuve ; elle arrive uniquement parce qu'elle est veuve. Le noir qu'elle porte m'avertit de ce veuvage; il est donc excellemment choisi. Je n'ai pas à chercher s'il est ou non d'accord avec la vérité matérielle ; il est en harmonie avec les sentiments que le poète a voulu exciter dans nos cœurs, cela me suffit. Le costume joue en cette occasion le rôle qu'il doit jouer : il seconde, il double l'impression que la scène doit faire sur le public. »

11 faut bien le dire : au théâtre tout au moins, c'est le rôle de Cornélie qui a toujours conquis les sympathies passionnées des spectateurs. Le rôle de César a toujours un peu souifert de ce voisinage, et le seul grand acteur qui s'y soit distingué, après Molière et Baron, a été Talma.

Parmi les éditions de Pompée qui ont paru de nos jouis, nous en citerons deux seulement : celle de M. Marty-Laveaux, publiée dans la collection Régnier, et une édition isolée, vieille à peine de quelques mois, celle de M. Delaitre, professeur au lycée Henri IV. L'édition Régnier est la source commune où

l. Pharsaïe, !\, ioo.

î. M. Francisque Sarcey, feuilleton du Temps.

tous désormais doivent puiser; mais l'édition de M. Delailre n'en est pas moins un travail original et de tout point remarquable. Bien que la nôtre fût déjà préparée quand la sienne a paru, nous tenons à dire ici tout ce que nous lui devons.

l'action et les caractères.

Si l'on ne considérait Pompée qu'au point de vue historique, les plus sévères censeurs seraient contraints d'admirer la mâle beauté de ce tableau où est retracée l'agonie de Rome républicaine, car la mort de Pompée, c'est l'avènement de César, de même que l'humiliation d'Emilie et de Cinna est l'apothéose d'Auguste. Sertorius, c'est la première période des guerres civiles ; Pompée, c'en est la crise suprême ; Cinna, c'est l'apaisement et le désarmement définitif des partis.

A ne prendre qu'un caractère, celui de Ptolomée, n'est-il

Î>as la première et admirable esquisse de ces rois avilis sous a tutelle hautaine de Rome, flatteurs tremblants d'un général ou d'un proconsul ?

Sous un si haut appui les rois humiliés N'ont été que sujets sous le nom d'alliés *.

Viriate peut le dire hautement, elle en qui s'incarne l'indë-pendance espagnole ; mais Ptolomée ne l'avouera-t-il pas avec honte ? S'il est cruel, c'est par lâcheté, mais aussi par vengeance ; s'il décide la mort de Pompée, c'est pour éteindre dans son sang l'arrogante fierté de Rome, pour donner « un tyran à ces tyrans du monde », pour se relèvera ses propres yeux, ou plutôt pour abaisser les Romains à son niveau :

Rome, tu serviras, et ces rois, que tu braves, Et que ton insolence ose traiter d'esclaves, Adoreront César avec moins de douleur, Puisqu'il sera ton maître aussi bien que le leur 2.

Ce petit despote oriental, indolent à la fois et impétueux, prompt à s'abaisser, prompt à se révolter, ne sait ni penser,

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