‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 16 sur 420 · Littérature dramatique, If, p · texte numérisé non relu

Littérature dramatique, If, p

Cette opinion presque universellement défavorable kPompée ■ilait si bien établie au xvme siècle qu'elle s'imposa même ! ix comédiens. Après la grande Adrienne Lecouvreur, insufiisamment remplacée par Mlle Balicourt, Mlle Clairon n'avait reculé devant le rôle de Cornélie; cette actrice dont le • aient, plus fait d'art que de génie, devait déployer toutes ses ressources dans le rôle de Cléopâtre, réussit médiocrement dans sa première tentative, et s'en prit à Corneille de son insuccès : « L'opinion publique, écrit-elle dans ses Mémoires *, a fait de Cornélie un des plus beaux rôles du théâtre. Avant à jouer ce rôle, j'ai fait sur lui toutes les études dont j'étais capable; aucune ne m'a réussi. La modulation que je voulais établir d'après le personnage historique n'allait point du tout avec le personnage théâtral : autant le premier me paraissait noble, simple, touchant, autant l'autre me paraissait gigantesque, déclamatoire et froid. Je me gardai bien dépenser que le public et Corneille eussent tort; ma vanité n'allait point jusque-là; mais, pour ne pas la compromettre, je me promis de me taire et de ne jouer jamais Cornélie. Depuis ma retraite, les Commentaires sur Corneille et le mot Esprit dans les Questions encyclopédiques, par Voltaire, ont paru; lisez-les : si je me suis trompée, l'exemple d'un si grand homme me consolera. » N'envions pas cette consolation à Mlle Clairon, mais à condition de pouvoir lui en refuser une autre, celle de se dédommager de son échec en dénigrant son illustre devancière. En ce moment où les questions de décor, de mise en scène, de couleur locale tiennent une si grande place dans les préoccupations du public, nous croyons qu'il ne sera pas sans intérêt d'insister sur cette autre partie des Mémoires de Mlle Clairon.

On sait quelle insouciance de la couleur locale professaient les Français du xvnc et même du xvme siècle. Cornélie ne se fût point présentée à eux sans gants blancs et sans paniers. La première, Adrienne Lecouvreur adopta un costume moins risiblement moderne : « En la contemplant telle que l'a peinte Coypel, sous les voiles de deuil de la veuve de Pompée, tenant entre ses mains l'urne funéraire, levanl vers le ciel ses yeux chargés de larmes, on est saisi par l'admirable expression de son visage, par la noblesse de l'attitude, par lo charme de toute la personne, el l'on comprend bien le prestige singulier que cette grande artiste exerça sur ses contemporains, puisque sa mémoire seule l'exerce encore sur nous. Une robe de velours, dont le corsage demi-montant laisse au

i. Cea Mémoire* ont été publié! en i'W

buste toute sa souplesse, les bras nus s'échappant de longues manches flottantes, une ceinture de pierreries dessinant la taille, les cheveux poudrés relevés sur le front et retombant mollement sur les épaules, ce n'est pas assurément ainsi qu'étaient vêtues Ariane ou Cornélie à Alexandrie ou àNaxos, mais c'est un costume de théâtre dont la convention ne manque ni de goût, ni d'élégance, ni d'une certaine majesté K » Cependant. Rousseau ne se déclarait pas satisfait; dans la Nouvelle Héloise, il se plaint qu'au théâtre on voie toujours l'acteur, jamais le personnage. « La veuve de Pompée, ditil, est Adrienne. On voit Cornélie en pleurs avec deux doigts de rouge, Caton poudré à blanc et Brutus en panier2. »

Se souvenait-elle de Rousseau, lorsque dans ses Mémoires, Ml)e Clairon écrivait : « L'ignorance et la fantaisie font faire tant de contre-sens au théâtre qu'il est impossible que je les relève tous; mais il en est un que je ne puis passer sous silence, c'est de voir, dans la tragédie de Pompée, Cornélie arriver en noir. Le vaisseau dans lequel elle fuit, le peu de moments qui se sont écoulés entre l'assassinat de son époux et son arrivée à Alexandrie n'ont pu lui laisser le temps ni les moyens de se faire faire des habits de veuve, et certainement les dames romaines n'avaient point la précaution d'en tenir de tout prêt dans leurs bagages. La célèbre Lecouvreur, en se faisant peindre dans ce vêtement, prouve qu'elle le portait au théâtre. Ce devrait être une autorité imposante pour moi-même; mais, d'après la réputation qui lui reste, j'ose croire qu'elle n'a fait cette faute que d'après quelques raisons que j'ignore, et qu'elle en sentait elle-même le ridicule. » Une rivale de Mlle Clairon, MUe Dumesnil, s'est chargée de lui répondre : « Etes-vous bien sûre qu'il fallût à une dame romaine, pour se mettre en deuil, tout l'attirail d'une dame française? Etes-vous bien sûre qu'elle eût besoin de marchandes de modes, de cordonniers, de tailleurs, de frangiers, de bijoutiers pour se revêtir des habits funèbres ? Il est à croire que la célèbre Lecouvreur ne s'est permis aucune innovation en portant des habits de deuil dans le rôle de Cornélie ; il est à croire que l'actrice qui l'avait précédée jouait le rôle dans le même costume sous le yeux de Corneille 3. »

M110 Dumesnil avait raison, et plus raison peut-être qu'elle ne le croyait : non seulement, en effet, avant Corneille et

t. M. Perrin, Etude sur la mise en scène.

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