ACTE I, SCÈNE V
I Après qu'on eut mangé, mille et mille fusées, 285
S élançant vers les deux, ou droites, ou croisées. Firent un nouveau jour, d'où tant de serpenteaux D'un déluge de tlamme attaquèrent les eaux, Qu'on crut que, pour leur faire une plus rude guerre, Tout l'élément du feu tombait du ciel en terre. 290
Après ce passe-temps, on dansa jusqu'au jour, Dont le soleil jaloux avança le retour. S'il eût pris notre avis, sa lumière importune N'eût pas troublé sitôt ma petite fortune; Mais, n'étant pas d'humeur à suivre nos désirs, 295
Il sépara la troupe et finit nos plaisirs.
ALCIPPE
Certes, vous avez grâce à conter ces merveilles : Paris, tout grand qu'il est, en voit peu de pareilles.
DOUANTE.
J'avais été surpris ; et l'objet de mes vœux
Ne m'avait tout au plus donné qu'une heure ou deux. 300
PHIL1STE
Cependant l'ordre est rare, et la dépense belle.
287. Les serpenteaux sont des fusées qui, comme le nom l'indique, voltigent en serpentant dans les airs, ou plutôt qui se détachent de fusées plus grosses au moment ou relles-ci crèvent : « Lorsqu'on ne s'attendait plus à rien, on vit en un moment le ciel obscurci d'une épouvantable nuée de fusées et de serpenteux. Faut-il dire obscurci ou éclairé? » (Lettre de la Fontaine à Maucroix, 22 août 1661.)
288. Déluge de flamme, expression hardie, qui rappelle celle d'Horace (1314) : « un déluge de feux. » Dans Tite et Bérénice (462), Corneille dira « déluge ardent », pour signi er éruption de volcan.