ACTE I, SCENE VI
Votre ordinaire esl-il de rêver en parlant?
DOUANTE.
Où me vois-Lu rêver?
J'appelle rêveries Ce qu'en d'autres qu'un maître on nomme mentcries : Je parle avec respect.
DORANTE
Pauvre esprit!
Je le perds 315
Quand je vous ois parler de guerre et de concerts. Vous voyez sans péril nos batailles dernières, Et faites des festins qui ne vous coûtent guères. Pourquoi depuis un an vous feindre de retour?
J'en montre plus de flamme et j'en fais mieux ma cour. 320
Qu'a de propre la guerre à montrer votre flamme?
DORANTE
0 le beau compliment à charmer une dame,
De lui dire d'abord : « J'apporte à vos beautés
|Un cœur nouveau venu des universités :
iSi vous avez besoin de lois et de rubriques, 325
316. Ce verbe n'est plus guère usité aujourd'hui qu'à certains temps, tels que l'infinitif et le participe. On dit encore parfois oyez, dont il y a d'innombrables exemples chez Corneille. Au v. 1685, on rencontrera l'impératif oyons. Mais tous les temps en étaient a'ors employés dans le langage courant:
Voulez-vous approcher ? Je les ois, ce me semble.
(Rotrou, Laure persécutée, III, vi.) Vous en oirez la fin avant la fm du jour. (M., ibid. V, ni.) Oyons les beaux avis qu'un flatteur lui conseille. (Id., Venceslas, I, i.)
322. A charmer, pour charmer; comparez l'emploi de à aux vers 350, 608 et 1148.
323. Beautés, au pluriel, dans le sens d'attraits, était admis même dans la tragédie :
Mais l'empire inhumain qu'exercent vos beautés
Force jusqu'aux esprits et jusqu'aux volontés. (Cinna . III, tv.)
C'est faire à vos beautés un triste sacrifice. (Racine, Mithridatc, III, v.)
Cet entretien plaisant entre le maître et le valet est déjà dans l'espagnol ; mais toute cette tirade de Dorante, si brillante et du comique le plus Pn, ajjpartient en propre à Corneille.