‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 186 sur 420 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

'out le secret ne gît qu'en un peu de grimace,

. mentir à propos, jurer de bonne grâce,

Etaler force mots qu'elles n'entendent pas, 335

faire sonner Lamboy, Jean de Vert et Galas,

fommer quelques châteaux de qui les noms barbares,

•lus ils blessent l'oreille, et plus ils semblent rares,

.voir toujours en bouche angles, lignes, fossés,

'edette, contrescarpe et travaux avancés : 34C

(ans ordre et sans raison, n'importe, on les étonne;

\n leur fait admirer les baies qu'on leur donne,

!t tel, à la faveur d'un semblable débit,

'asse pour homme illustre, et se met en crédit.

CLTTON.

I qui vous veut ouïr, vous en faites bien croire; 345

tais celle-ci bientôt peut savoir votre histoire.

DORANTE

aurai déjà gagné chez elle quelque accès;

t, loin d'en redouter un malheureux succès,

i jamais un fâcheux nous nuit par sa présence,

ous pourrons sous ces mots être d'intelligence. 350

333 Ne gît que, ne consiste que.

33o. Elles, les femmes ; le mot femme n'a pas été exprimé ; au v. 322, Coreille a seulement écrit, au singulier, « une dame ».

1336. Faire sonner, faire retentir, vanter, parler toujours de. C'étaient des énéraux de l'empereur Ferdinand III. — « La campagne à laquelle Dorante se inte d'avoir pris part avait été heureuse et brillante. Le 3 novembre 1630, <lo .ant/.au forçait Galas à lever le siège de Saint-Jean-de-Losne ; le 3 mars 1638. ! duc de Weimar faisait prisonniers les quatre généraux de l'Empereur, et jîan de Wert était amené en triomphe à Paris ; enfin, le 17 janvier 1642, le pmte de Guébriant s'emparait de la personne de Lamboy et de Merci à Kempen 1 obtenait à cette occasion le bâton de maréchal de France. Un peu plus tôt ou u peu plus tard, les noms de ces généraux auraient pu éveiller de tristes souienirs. » (M. Marty-Laveaux.)

j1 337. Cet emploi de qui, avec un nom de chose, familier à Molière aussi bien u'à Corneille, a été condamné par Vaugelas et n'est plus autorisé par lesgramlairiens.

i 339. Avoir à la bouche se dit aujourd'hui beaucoup plus qu'avoir en la bouhe ou en bouche ; mais les deux locutions étaient alors autorisées:

Nous n'avons en la bouche Que le nom de Marie et le nom de Louis. (Malherbe.)

342. Donner des baies à quelqu'un, c'est le tromper ; voyez le v. 1064.

Le sort a bien donné la baie à mon espoir. (Molière, Êtourdi,\\, xin.)

343. Débit, pour récit, ce qu'on débite ; nous ne connaissons pas d'autre Ncmplc de cette acception remarquable.

On sait que succès équivalait à résultat, bon ou mauvais :

Vous vou= tromperez! — Soit, j'en venx voir le succès. (Misanthrope, I, I.

350. o On n'entend pas bien ce que l'auteur veut dire. Comment Dorante sera- ■il d'inl îlligence avec sa maîtresse sous les mots de contrescarpe et de fossé? » Voltaire. — « Peut-être le sens est-il : Nous ferons de ces mots un langage de

Voilà traiter l'amour, Cliton, et comme il faut.

A vous dire le vrai, je tombe de bien haut.

Mais parlons du festin. Urgande et Mélusine

N'ont jamais sur-le-champ mieux fourni leur cuisine;

Vous allez au delà de leurs enchantements; 3o5

Vous seriez un grand maîlre à faire des romans :

Ayant si bien en main le festin et la guerre,

Vos gens en moins de rien courraient toute la terre,

Et ce serait pour vous des travaux fort légers

Que d'y mêler partout la pompe et les dangers. 360

Ces hautes fictions vous sont bien naturelles.

DORANTE

J'aime à braver ainsi les conteurs de nouvelles;

Et, sitôt que j'en vois quelqu'un s'imaginei

Que ce qu'il veut m'apprendre a de quoi m'étonner,

Je le sers aussitôt d'un conte imaginaire 365

Qui Tétonne lui-même et le force à se taire.

Si tu pouvais savoir quel plaisir on a lors

De leur faire rentrer leurs nouvelles au corps...

Je le juge assez grand ; mais enfin ces pratiques

Vous peuvent engager en de fâcheux intriques. 370

convention en présence d'un fâcheux. Peut-être ces mots se prêtent-ils à des allusions comiques qui sont perdues pour nous. Quoiqu'il en soit, il faut bien que ces deux vers aient un sens, puisque Clitm les répète ironiquement à son maître, acte III, se. vi » (Aimé Martin.) M. Marty-Laveaux croit aussi qu'ici comme au v. 1070, il s'agit de termes guerriers qui formaient dans certains cas pour les amoureux une sorte de chiffre complet et suivi. « Il y en a plusieurs, dit le Commandeur, introduit par Caillièrcs dans son livre des Mots à la mode, qui, voulant exprimer leur attachement pour une dame, ne parlent que d'attaquer la place dans les formes, de faire les approches, de ruiner les défenses, de prondre par capitulation ou d'emporter d'assaut.

353. « urgande la déconnue est la fee protectrice d'Amadis de Gaule. Quant à Mélusine, son histoire est racontée tout au long par Jehan d'Arras dans un rouan publié en 1478 et dont l'extrait est devenu populaire. » (Edition Régnier.)

16. Maître à, qui excelle à ; à, ici, a le même s.mi-s qu'an v. .'î2->.

357. Avoir en main, latinisme; in manu, in promptu habere. Le sens juisque vous improvisez avec une telle aisance des histoires de festin et de gui Comp irez les v. 444 et 907.

30."). Servir quelqu'un d'un conte, pour lui faire un coule; voyez le \. 1479.

867. Lors, pour alors, n'est plus guère employé que clans les locutions dès lors, pour lors, lors de.

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