ACTE II, SCÈNE I
Ce que vous m'ordonnez est la même justice;
Et, comme c'est à nous à subir votre loi,
Je reviens tout à l'heure, el Dorante avec moi.
Je le tiendrai longtemps dessous votre fenêtre,
Afin qu'avec loisir vous puissiez le connaître, 39C
Examiner sa taille, et sa mine, et son air,
Et voir quel est l'époux que je vous veux donner.
jll vint hier de Poitiers, mais il sent peu l'école;
Et. si l'on pouvait croire un père à sa parole,
Quel [Lie écolier qu'il soit, je dirais qu'aujourd'hui 39ii
iPeu de nos gens de cour sont mieux taillés que lui. .
Mais vous en jugerez après la voix publique.
Je cherche a i'arrêter, parce qu'il m'est unique,
Et je brûle surtout de le voir sous vos lois.
386. Var. Ce que vous souhaitez est la mène justice. Et. d'ailleurs, c'est à nous à sabr votre loi. Je reviens dans une heure, et Dorante avec moi. (164M656.)
! Selon Voltaire, la même justice ne signifie pas la justice même. Il serait plus juste de dire : ne signifie plus. Corneille dit fréquemment : la même laideur, la imème innocence, la même équité, pour: la laideur, l'innocence, l'équité même. Entre tous les exemples brillent les vers du Cid :
Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu,
La vaillance et l'honneur de son temps ? le sais-tu ?
Dans Afédée (II, n) on trouve les deux formes réunies en un seul vers, sans qu'on puisse distinguer entre elles :
Ah! l'innocence même et la même candeur i
Il n'y a même pas là de licence poétique. De grands prosateurs se sont cru «permis cet emploi de même avant le substantif : « La même vérité y reluit partout. » (Bossuet, Hist., II, 6.) — « Le temps vient où la même nature prend soin (•d'éclairer son élève. » (J.-J. Rousseau, x^mile, IV.)
390. Don Beltran promet de même à Jacinta de passer à cheval avec son fils sous ses fenêtres. De là une reconnaissance qui sera un vrai coup de théâtre, et que Corneille n'a pas su ou n'a pas voulu ménager : car il semble que Géronte ait oublie sa promesse.
39^. Air rimait alors avec donner et tous les inûnitifs semblables. C'est que 4a prononciation de l'infinitif était alors différente :
Ces deux chantres de l'air Font ouïr en ces lieux leur amour sans parler.
(Rotrou, Florimonde, H, iv.) N'épargne en mes habits ni baleine ni fer,
Et in<; serre le corps jasques à l'étouf er. (Id., Occasions perdues, II, n.) Je sais bien que sur cette iner Il est malaisé de ramer. (Id., Ode à Richelieu.)