‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 198 sur 420 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Rougir! à quel propos?

ALCIPPE

Tu ne meurs pas de honte, entendant ces deux mots! 480

Mourir pour les entendre! Et qu'ont-ils de funeste?

ALCIPPE

Tu peux donc les ouïr et demander le reste? Ne saurais-tu rougir si je ne te dis tout?

Quoi, tout?

ALCIPPE

Tes passe-temps de l'un à l'autre bout.

Je meure en vos discours si je puis rien comprendre! 485

ALCIPPE

Quand je te veux parler, ton père va descendre; 11 t'en souvient alors: le tour est excellent! Mais pour passer la nuit auprès de ton galant...

Alcippe, êtes-vous fol?

ALCIPPE

Je n'ai plus lieu de l'être, A présent que le ciel me fait te mieux connaître. 490

Oui, pour passer la nuit en danses et festin, Être avec ton galant du soir jusqu'au matin (Je ne parle que d'hier), tu n'as point lors de père.

Rêvez-vous? raillez-vous? et quel est ce mystère?

ALCIPPE

Ce mystère est nouveau, mais non pas fort secret. 495

Choisis une autre fois un amant plus discret;

481. Funeste venant de funus, mort, correspond exactement à mortel : qu'ont-ils qui puisse faire mourir?

485. Je meure, sans que ; cette forme de serment était des plus usitées, et l'on en verra d'autres exemples aux vers 929 et 1620.

Je meure, mon enfant, si tu n'es admirable. (Veuve, III, iv.)

Bien n'est pas négatif ici, et ne l'est point, en général, par lui-même. Son sens étymologique et propre est chose, res, et ce sens a été longtemps le sens essentiel. Dans notre vieille langue, on disait: une rien. Rien veut donc dire ici quelque chose, et, pour dire nulle chose, doit être accompagné de ne.

Ai-je rien à sauver, rien à perdre que vous? (Œdipe. 734.) Pourquoi consentiez-vous à rien prendre de lui? (Tartufe. V, vil.)

489. Nous écrivons fol, comme dans toutes les éditions publiées du vivant de Corneille, sauf celles de 1044. On disait fol et mol même devant une consonne, aussi bien que fou et mou

Lui-même il m'a tout dit.

Qui, lui-même?

ALCIPPK.

Dorante.

Dorante !

ALCIPPE

Continue, et fais bien l'ignorante.

CLARlCE.

Si je le vis jamais, et si je le connoi!...

ALCIPPE

Ne viens-je pas de voir son père avecque toi? 500

Tu passes, infidèle, âme ingrate et légère, La nuit avec le fils, le jour avec le père!

Son père, de vieux temps, est grand ami du mien.

ALCIPPE

Cette vieille amitié faisait votre entretien?

Tu te sens convaincue, et tu m'oses répondre! 505

Te faut-il quelque chose encor pour te confondre?

Alcippe, si je sais quel visage a le fils...

ALCIPPE

La nuit était fort noire alors que tu le vis.

Il ne t'a pas donné quatre chœurs de musique,

Une collation superbe et magnifique, 510

Six services de rang, douze plais à chacun?

Son entretien alors t'était fort importun?

Quand ses feux d'artifice éclairaient le rivage,

Tu n'eus pas le loisir de le voir au visage?

Tu n'as pas avec lui dansé jusques au jour? 515

Et tu ne l'as pas vu pour le moins au retour?

T'en ai-je dit assez? Rougis et meurs de honte!

Je ne rougirai point pour le récit d'un conte.

ALCIPPE

Quoi! je suis donc un fourbe, un bizarre, un jaloux?

500. Toi rime ici avec connoi (aujourd'hui connais) comme, au vers 580, ami avec frémi. Dans les deux cas, l'.v finale disparaît, non point pour le? exigences

de la rime ; car cette orthographe est alors universellement adoptée. Kotrou, par

exemple, écrit connoi, voi, doi, prévoi, reçoi, aperçai, comme $ui, ri, rien.

503. De vieux temps, depuis longtemps, tournure fort rare, dont M. l.ittré che cet unique exemple.

fil!!. « Il semble que l'auteur espagnol n'ait pas tiré assez de parti du mensonge

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