ACTE III, SCÈNE I
Moius je découvre en moi ce qui peut vous déplaire.
ALCIPPE
Eh bien! puisqu'il vous faut parler plus clairement,
Depuis plus de deux ans j'aime secrètement;
Mon allai re est d'accord, et la chose vaut faite; 745
Mais pour quelque raison nous la tenons secrète.
Cependant à l'objet qui me tient sous sa loi,
Et qui sans me trahir ne peut être qu'à moi,
Vous avez donné bal, collation, musique;
Et vous n'ignorez pas combien cela me pique, 750
Puisque, pour me jouer un si sensible tour,
Vous m'avez à dessein caché votre retour,
Et n'avez aujourd'hui quitté votre embuscade
Qu'a fin de m'en conter l'histoire par bravade.
Ce procédé m'étonne, et j'ai lieu de penser 755
Que vous n'avez rien fait qu'afin de m'offenser.
DORANTE
Si vous pouviez encor douter de mon courage,
Je ne vous guérirais ni d'erreur, ni d'ombrage,
Et nous nous reverrions si nous étions rivaux;
Mais, comme vous savez tous deux ce que je vaux, 760
Écoutez en deux mots l'histoire démêlée.
Celle que cette nuit sur l'eau j'ai régalée N'a pu vous donner lieu de devenir jaloux, Car elle est mariée, et ne peut être à vous. Depuis peu pour affaire elle est ici venue, 765
Et je ne pense pas qu'elle vous soit connue.
ALCIPPE
Je suis ravi, Dorante, en cette occasion,
745. « Les hommes sont d'accord, les affaires sont accordées, terminées, iccommodces, unies. » (Voltaire.) Il n'est pas commun, en effet, qu'on dise l'une chose au singulier qu'elle est d'accord; on en trouve pourtant des exemples dans Corneille et ailleurs :
Toute votre justice en est-elle d'accord". {Cid, 1808.)
« Je vais appeler mon père pour lui dire que tout est d'accord. » (Molière, Mariage forcé, xvi.) M. Littré remarque qu'on dit bien tout est d'accord et que *ette locution suffit à justifier C rneille. — La chose vaut faite, c'est-à-dire îquivaut à une chose faite, conclue :
Cela vaut fait, Monsieur. {Mélite, 679.)