ACTE IV, SCÈNE IV
GÉRONTE
Non, j'aurai patience autant que d'allégresse; 1230
Pour hasarder ce gage il m'est trop précieux.
A ce coup ma prière a pénétré les cieux.
Je pense en le voyant que je mourrai de joie.
Adieu : je vais changer la lettre que j'envoie, En écrire à son père un nouveau compliment, 1235
Le prier d'avoir soin de son accouchement, Comme le seul espoir où mon bonheur se tonde.
dorante, à Cliton.
Le bonhomme s'en va le plus content du monde.
géronte, se retournant.
Écris-lui comme moi.
dorante.
Je n'y manquerai pas.
(A Cliton.) Qu'il est bon !
Taisez-vous, il revient sur ses pas. 240
GÉRONTE
Il ne me souvient plus du nom de ton beau-père. Comment s'appelle-t-il?
DORANTE
Il n'est pas nécessaire.
Sans que vous vous donniez ces soucis superflus, En fermant le paquet j'écrirai le dessus.
GÉRONTE
Étant tout d'une main, il sera plus honnête. 15.45
dorante, à part le premier vers.
Ne lui pourrai-je ôter ce souci de la tête? Votre main, ou la mienne, il n'importe des deux.
GÉRONTE
Ces nobles de province y sont un peu fâcheux.
1230. La tournure semble irrégulière, bien que M. Marty-Laveaux, dans son Lexique, en cite plusieurs analogues. Il faudrait: j'aurai autant de patience que j'ai d'allégresse.
1232. A ce coup, comme, quatre vers plus baut, à cette fois, pourlecoup, pour cette fois.
1244. Le dessus, la suscription de la lettre, l'adresse, expression familière à Madame de Sévigné.
J'ai fini, jn n'ai plus Qu'à cacheter ma lettre et mettre le dessus. (Regnard, Distrait, JV, ix.) Est-ce à moi qu'on écrit? Regardons le dessus. (La Chaussée, Gouvernante,
1248. La construction y sont un peu fâcheux est vraiment remarquable, et
DORANTE
Son pèrs sait la cour.
GÉRONTE
Ne me fais plus attendre :
Dis-moi...
dorante, à part.
Que lui dirai-je ?
GÉRONTE
Il s'appelle?
DORANTE
Pyrandre. 1250
GÉRONTE
Pyrandre! tu m'as dit tantôt un autre nom : C'était, je m'en souviens, oui, c'était Armédon.
DORANTE
Oui, c'est là son nom propre, et l'autre d'une terre;
11 portait ce dernier quand il fut à la guerre,
Et se sert si souvent de l'un et l'autre nom, 1255
Que tantôt c'est Pyrandre, et tantôt Armédon.
GÉRONTE
C'est un abus commun qu'autorise l'usage, Et j'en usais ainsi du temps de monieune âge. Adieu : je vais écrire.
;)eut-être unique. On peut remarquer rependant qu'on disait, non seulement une ïumeur fâcheuse, mais un visage fâcheux, un regard fâcheux :
D'où vient ce sombre accueil et eus regards fâcheux ! (Racine, Tkébafde, IV, m.)
Fâcheux, en ce cas, signifiait sévère, peu engageant; appliqué au caractère, il signifiera donc, ici : sont, sur ce point, d'une susceptibilité facilement irritable.
1249. On sait quelle distinction s'était établie au xvn* siècle entre la cour et la ville. Savoir sa cour, c'est avoir l'air, le ton, les manières de la cour : « Elle sait mieux sa cour que les plus vieux courtisans », écrivait Madame de Sévigné.
Vous êtes peu du monde et savez mal la cour. (Nicomêdc, III. vin,)
1250. Dans l'espagnol, — la remarque est de M. Viguier, — Garcia n'a oublié que le prénom inséparable <i u mot don ; le don Pedro de tout à L'heure le transforme donc en don Diego; l'oubli semble ainsi plus vraisemblable, el Garcia lo
couvre en expliquant que son bean-père a pris un nouveau prénom, à titre d'héritage testamentaire.
1286, « Ici Cliton, frappé d'un étonneuient mêlé d'admiration, saisit la basque
de l'habit de Dorante, el la bai-e. Je ne sais si ce jeu de seene est fort aneien j
M était pratiqué par Dazincourt, qui, à la vérité, en ajoutait souvent à ses rôles. Plusieurs, qui semblaient un peu outrés, ont été supprimes aptes lui ; mais relui* ci, adopté par U.Samson, qui o l'ait preuve en ers matières d'un mût si lin et si sûr, parait définitivement consacré. » (.Nui»' de l'édition Régnier )
1257. Géronte b raison; cet abus était alors général, etc'esl un des motifs qui rendent si difficile à démêler parfois la généalogie des familles illustres.