ACTE V, SCENE III
£tant sorti de vous, la chose est peu douteuse.
GÉRONTE
Ooyez-vous qu'il suffit d'être sorti de moi?
DORANTE
Wec toute la France aisément je le croi.
GÉRONTE
It ne savez-vous pas, avec toute la France, iSOo
)'où ce titre d'honneur a tiré sa naissance,
St que la vertu seule a mis en ce haut rang
Zenx. qui l'ont jusqu'à moi fait passer dans leur sang?
DORANTE
l'ignorerais un point que n'ignore personne,
)ue la vertu l'acquiert, comme le sang le donne. 1510
GÉRONTE
)ù le sang a manqué si la vertu l'acquiert,
)ù le sang l'a donné le vice aussi le perd.
]e qui naît d'un moyen périt par son contraire ;
^out ce que l'on a fait, l'autre le peut défaire ;
it, dans la lâcheté du vice où je te voi, 1515
'u n'es plus gentilhomme, étant sorti de moi.
DORANTE
loi?
GÉRONTE
Laisse-moi parler, toi, de qui l'imposture •ouille honteusement ce don de la nature: • ui se dit gentilhomme, et ment comme tu fais, ment quand il le dit, et ne le fut jamais. 1520
in nobleza. no lo niego ; gré la naissance, l'honneur peut se perdre?
as no negueis que sin ellas — C'est vrai. — Si donc tu l'abaisses à des
imbien la da el na>-imiento. actions honteuses, biei que tu sois mon
Pues si lionor puede ganar fils, tu cesses d'être chevalier. »
■lien nacio sin el. no es cierto On peut lire le reste du dialogue dans la
je por el contrario puede première partie de notre Introduction, où
j'en con él nacio. perderlo? l'on verra réunis la plupart des rapproche»
Es verdad. — l.nego si vos ments de détail èpars dans ces notes, urais afientosos heehos, impie >eais Injo mio,
jais de ser caballero, etc.
Est-il possible d'être à la fois plus semblable par certains détails, plus différent |r l'esprit ? Chez Corneille, rien ne traîne en longues dissertations, tout est amati ju-3, tout va droit au but; les longs raisonnements du poète espagnol nt condensés en quelques formules saisissantes, et le dialogue devient une rte de combat.
45o4. Sur la rime de moi et croi, voyez le vers 500, et, un peu plus bas, les rs 1515-1516.
1520. Ce tr lit énergique est déjà dans Alarcon, mais combien moins court et •t, au milieu de l'amplification castillane où il est noyé! Au reste, c'est là un
Est-il vice plus bas, est-i. tache plus noire,
Plus indigne d'un homme élevé pour la gloire.
Est-il quelque faiblesse, est-il quelque action
Dont un cœur vraiment noble ait plus d'aversion
Puisqu'un seul démenti lui porte une infamie 132
Qu'il ne peut eifacer s'il n'expose sa vie,
Et si dedans le sang il ne lave l'affront
Qu'un si honteux outrage imprime sur son front.
DORANTE
Qui vous dit que je mens ?
GÉRONTE
Qui me le dit, infâme?
Dis-moi, si tu le peux, dis le nom de ta femme. 1530
Le conte qu'hier au soir tu m'en fis publier...
cliton, bas à Dorante.
Dites que le sommeil vous l'a fait oublier.
GÉRONTE
Ajoute, ajoute encore avec effronterie
Le nom de ton beau-père et de sa seigneurie :
lieu commun souvent traité par les poètes, surtout par les poètes satiriques. On retrouverait plus d'un trait de cette scène chez Horace. Juvénal et Boileau :
Persuades hoc fcibi vere Multos sa?pe viros, nullis majoiïhus ortos.
Et vixisse probos, amplis et iionoi ibus aU'tos. (Horace, Satire, I, vi) Steinmata quid faciunt? Quid prodest, Pontice, lengo Ordine censeri, p ctosque ostendere vultus Majorum, et slantes in eurribus Jùnilianos Si eoram patr bus maie vivitur?...
Tota licet veteres exoruent undiqne cera? Atria, nobilitas sola est atque nnica virtus. ... Quis eniui genero.-um dixerit hune, qui Indignus génère est, prœelaro noinino tantum Insignis .'...
Incipit ipsorum contra te stare parentnm Nobilitas, claramque t'aceua prœferre pudendis. (Jovénal, Satires, VIII.)
On ne m'éblouit point d'une apparence vaine :
La vertu d'un cœur noble est la marque certaine...
Mais fossiez-vous issu d'Hercule en droite ligna,
Si vous ne faites voir qu'une bassesse Indigne,
Ce long amas d'aïeux que vous diffamez tous
Sont aillant, de témoins qui parlenl contre vous,
Et tout ce grand éclat de leur gloire ternie
Ne Bert plus que de jour à votre Ignominie.
En vain, tout lier d'un sang que vous déshonorez,
Vous dormez à l'abri do ces noms révérés,
En vain vous vous couvrez de* vertus de VOS pères,
Ce no sont a mes yeux que de vaines chimère»;
je ne vois rien en vont qu'un lâche, un imposteur,
lin traître, nn scélérat, an perfide, un menteur,
Un fon dont les accès vont jusqu'à la tarie.
Et d'un tronc fort illustre uno.btancho pourrie. (Boileau, Satires, V.)
1528. Ces vers rappellent le vers fameux du Cid :
Ce n'est que dans le sang qu'on lave un toi outrage. (274.)