ACTE V, SCÈNE VI
Les moments à mon cœur deviennent ennuyeux!
Et que je reconnais par mon expérience
Quel supplice. aux amants est une heure d'absence!
clarice, bas à Lucrèce.
Il continue encor.
lucrèce, bas à Clarice.
Mais vois ce qu'il m'écrit.
clarice, bas à Lucrèce.
Mais écoute.
lucrèce, bas à Clarice.
Tu prends pour toi ce qu'il me dit. 1680
clarice, bas à Lucrèce. Éclaircissons-nous-en. (Haut à Dorante.)
Vous m'aimez donc, Dorante?
dorante, à Claribe.
Hélas! que celte amour vous est indifférente ! Depuis que vos regards m'ont mis sous votre loi...
clarice, bas à Lucrèce.
Crois-tu que le discours s'adresse encore à toi!
lucrèce, bas à Clarice.
Je ne sais où j'en suis.
clarice, bas à Lucrèce,
Oyons la fourbe entière. 1685
lucrèce, bas à Clarice.
Vu ce que nous savons, elle est un peu grossière.
clarice, bas à Lucrèce.
C'est ainsi qu'il partage entre nous son amour ; 11 te flatte de nuit, et m'en conte de jour.
1678. L'absence est le plus grand des maux. (La Fontaine, Les deux pigeons.)
L'absence aux vrais amants est encor plus funeste. (Corneille, Œdipe, I, i.)
« L'absence diminue les mrdiocres passions, et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu. » (La Rochefoucauld, Maximes, 276). Si la maxime de La Rochefoucaud est vraie, l'amour de Dorante est bien malade.
1682. Amour est souvent féminin au xvne siècle, même au singulier, chez Racine et Molière aussi bien que chez Corneille. En 1647, Vaugclas disait : « Il est indifférent de le faire masculin ou féminin, » et penchait personnellement pour le féminin. Dans ses Observations, publiées en 1672, Ménage préfère au contraire le masculin. « Corneille, sans doute guidé par son frère, qui devait en ces matières avoir beaucoup d'autorité sur lui, avait prévenu cette décision ; et, revoyant ses œuvres dramatiques, il avait changé plusieurs vers de façon à faire amour masculin ou à y substituer un équivalent. » (M. Marty-Laveaux). Pourtant le féminin domine dans les premiers ouvrages et n'est pas exclu des derniers.
Mais excusez l'ardeur d'une amour fraternelle. (Horace. 115.)
Quand vous ferez agir toute l'autorité
De l'amour conjugale et de la maternelle. (Agésilas, 921.)
685. Sur le verbe ouïr et ses emplois, voyez la note du vers 316.
1688. Var. — Il t'en conte de nuit comme il me fait de jour. (1GM-1G56
dorante, à Clarice.
Vous consultez ensemble ! Ah! quoi qu'elle vous die, Sur de meilleurs conseils disposez de ma vie. 1690
Le sien auprès de vous me serait trop fatal : Elle a quelque sujet de nie vouloir du mal.
lucrèce, à part.
An! je n'en ai que trop : et si je ne me venge...
clarice, à Dorante.
Ce qu'elle me disait est, de vrai, fort étrange.
DORANTE
C'est quelque invention de son esprit jaloux. 1695
Je le crois : mais enfin me reconnaissez-vous?
DORANTE
Si je vous reconnais ? Quittez ces railleries, Vous que j'entretins hier dedans les Tuileries, Que je fis aussitôt maîtresse de mon sort.
3i je veux toutefois en croire son rapport, 1700
Pour une autre déjà votre àme inquiétée...
Pour une autre déjà je vous aurais quittée? Que plutôt à vos pieds mon cœur sacrifié...
ien plus, si je la crois, vous êtes marié.
DORANTE
Vous me jouez, madame : et, sans doute pour rire, 1705
Vous prenez du plaisir à m'entendre redire Qu'à dessein de mourir en des liens si doux Je me fais marié pour toute autre que vous.
1080. Vow consultez, vous discutez ; souvent aussi était pris consulter dans le sens de délibérer, hésiter. Die, ancien subjonctif pour dise. On le retrouve jusque dans la Bérénice, (V, vi), et \'fphit)é)dc de Racine. Vaugelas ne proscrit pas cette forme, que Thomas Corneille défend d'employer en prose, et que Pierre Corneille aime, au contraire, comme Molière et la Fontaine. « Cet archaïsme, ainsi autorisé, peut encore être conservé dans la poésie. » (M. Littré.)
1004. Du ona, voyez la note du vers 899.
1701. Var. — Votre Ame. du depuis ailleurs s'esl ena
— Pour une autre déjà je voas aurais changée î (1644-1M6.)
A propos de cette variante, Voltaire dit : « Du depuis a toujours été une faute ; c'est une façon de parler provincia'e. Il est clair que le <>u est «le trop avec le de. » M. Godefroy répond : « Le du parait évidemment superflu dans celte 1 »cu-
tion; ne pourrait-on pis, cependant, l'expliquer ainsi : du temps (a temporc) qui
t écoulé depuis? Du reste, on trouve (lu depuis dans de nombreux écrivains
du xvi" et iln wuc siècle, dont plusieurs ne peuvent aucunement être accusés de provincialisme. »