‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 306 sur 420 · Discours de* troit iinii · texte numérisé non relu

Discours de* troit iinii

Ce n'est pasque je me flatte assez pour présumer qu'elle soit Bans taches. On a t'ait tant d'objections contre la narration de Laonice, au premier acte, qu'il est malaisé de ne donner pas les mains à quelques-unes. Je ne la tiens pas toutefois si inutile qu'on l'a dit. 11 est hors de doute queCléopàtre, dans le second, ferait connaître beaucoup do choses par sa c nfidence avec cette Laonice. et par le récit qu'elle en a fait à ses deux fils, pour leur remettre devant les yeux combien ils lui ont d'obligation, mais ces deux scènes demeureraient assez obscures, si cette narration ne les avait précédées; et du moins les justes défiances de Rodogune à la fin du premier acte, et la peinture que Gléopâlre fait d'elle-même dans son monologue qui ouvre le second, n'auraient pu se faire entendre sans ce secours.

J'avoue qu'elle est sans artifice, et qu'on la fait de sangfroid à un personnage protatique1, qui se pourrait toutefois justifier par les deux exemples de Térence que j'ai cités sur ce sujet au premier discours2. Timagène, qui l'écoute, n'est introduit que pour l'écouter, bien que je l'emploie au cinquième à faire celle de la mort de Séleucu-, qui se pouvait faire par un autre. 11 l'écoute sans y avoir aucun intérêt notable, et par simple curiosité d'apprendre ce qu'il pouvait avoir su déjà en la cour d'Egypte, où il était en assez bonne posture, étant gouverneur des neveux du roi, pour entendre les nouvelles assurées de tout ce qui se passait dans la Syrie, qui en est voisine. D'ailleurs, ce qui ne peut recevoir d'excuse, c'est que, comme il y avait déjà quelque temps qu'il était de retour avec les princes, il n'y a pas d'apparence qu'il aye attendu ce grand jour de cérémonie pour s'informer de sa sœur comment se sont passés tous ces troubles, qu'il dit ne savoir que confusément. Pollux, dans Mérfee, n'est qu'un personnage protatique qui écoute sans intérêt comine lui ; mais sa surprise de voir Jason à Gorinthe, où il vient d'arriver, et son séjour en Asie, que la mer en sépare, lui donnent juste sujet d'ignorer ce qu'il en apprend. La narration ne laisse pa-; de demeurer froide comme celle-ci, parce qu'il ne s'e.-t encore rien pa.-sé dans la pièce qui excite la curiosité de l'auditeur, ni qui lui pirsse donner quelque émotion en l'écoutant; mais si vous voulez réfléchir sur celle de Guriace dans Xllorace, vous trouverez qu'elle fait tout un autre effet. Camille, qui l'écoute, a intérêt, < omme lui, à savoir comment s'est faite une paix dont dépend leur mariage, et l'auditeur, que Sabine et elle n'ont entretenu que de leurs malheurs et ries appréhensions d'uue bataille qui se va donner entre deux partis, où elles voient leurs frères dans l'un et leur amour dans l'autre,

1. Le mot de protatique vient de protase, qui signifie exposition; un personnage protatique est donc celui qui ne paraît qu'au début de la pièce, pour faire ou entendre l'exposition.

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