ACTE I, SCENE I
Le donne pour époux à l'objet de sa haine,
Et n'en doit faire un roi qu'afin de couronner
Ce le que dans les fers elle aimait, à gêner?
Rodegune, par elle en esclave traiter,
Par elle se va voir sur le trône montée, 20
Puisque celui des deux qu'elle nommera roi
Lui doit donner la main et recevoir sa foi.
Pour le mieux admirer, trouvez bon, je vous prie,
Que j'apprenne de vous les troubles de Syrie.
J'en ai vu les premiers, et me souviens encor 25
Des malheureux succès du grand roi Nicanor,
Quand, des Parthes vaincus pressant l'adroite fuite, - t „
16. Il n'y a ici, quoi qu'en dise Voltaire, aucune espèce d'amphibologie ; sa se rapporte très clairement, nun pas à le, régime, mais à reine, sujet.
18. « Lo mot géntr ne signiiio parmi nous qu'embarrasser, inquiéter. Ainsi, Pyrrhus dit à Andromaque : Ah! que vous me gênez! Il vient, à la vérité, originairement de géhenne, vieux mot tiré do la Bible, qui signifie torture, prison; mais jamais il n'est pris en ce dernier sons. » (Voltaire.) L'exemplo même qu'invoque Voltaire se tourne contre lui; car Pyrhus parle, non d'un simpie embarras, mais d'une vraie torture. Quand Emilie dit à Cinna : « C'est trop me gêner; parle » (III, iv), elle est torturée de l'idée que Cinna va trahir sa cause. Dans Rodogune même, à trois reprises. Cornoille, suivant sa constante habitude, emploiera gêner et gêne dans ce sens très fort, si affaibli aujourd'hui (I, iv ; III, v; V, iv). Le dictionnaire de Nicot lui donne raison, quand il rend gêner par toiquere. M. Litlré cite l'exemple de Voltaire lui-même, dans Mariane (V, vu):
D'où vient qu'on m'abandonne au trouble qui me gêne ?
20. Corneille prend parfois monter activement, dans le sens d'élever.
23. La transition est gauche et se voit trop. « Timagène, dit l'abbé d'Aubignac, feint de ne savoir qu'une partie de l'histoire de cette princesse, et tout ce qu'on lui répète sommairement et qu'on lui conte est après expliqué assez clairement par les divers sentiments des acteurs ; si bien que cette narration n'était pas même nécessaire; outre qu'il n'est pas vraisemblable que ce Tiraagène, qui avait été à la cour du roi d'Egypte avec les deux princes de Syrie, eût ignoré ce qu'on lui conte, qui n est rien qu'une histoire publique, contenant des batailles, avec la mort et le mariage des deux rois. » (Pratique du théâtre, p. 393-94). Voyez comment, dans VExmnen, Corneille justifie l'utilité du récit de Laonice. Nous nous bornerons à observer ici que le début du premier acte, déjà trop vague, deviendrait tout à fait obscur si ce récit disparaissait. Par une convention admise au théâtre, l'exposition, destinée, en apparence, à éclairer tel ou tel personnage, a pour but réel d'instruire le spectateur; c'est en ce sens surtout qu'elle est nécessaire.
2»3. Succès se disait alors de tout résultat bon ou mauvais, comme succéder, d'où il vient, signifiait réussir bien ou mal :
Ce n'est pas le succès que mon àme redoute,
répond fièrement Pauline à Félix, qui lui ordonne de voir Sévère CI, îv). « J'en veux voir le succès! » s'écrie Alceste, qui perd son procès de gaieté de cœur. Aujourd'hui, quand succès est employé absolument, il est toujours pris dans un 8CUS favorable.
27. Var. « Quand, poursuivant le Parthe et ravageant sa terre,
Il fut da son vainqueur son prisonnier de guerre. » (1647-56).
Adroite, parce que les Parthes combattaient en fuyant. « Il semble, dit VoL,
Il tomba dans leurs fors au bout do sa poursuite.
Je n'ai pas oublié que cet événement
Du perfide Trypbon fit le soulèvement; 39
Voyant le roi captif, la reine désolée,
Il crut pouvoir saisir la couronne ébranlée,
Kt le sort, favorable à son lâche attentat,
Mit d'abord sous ses lois la moitié de l'État.
La reine, craignant tout de ces nouveaux orages, .!<>
En sut mettre à l'abri ses plus précieux gages,
Et pour n'exposer pas l'enfance de ses fils,
Me les fit chez son frère enlever à Memphis.
Là, nous n'avons rien su que de la renommée,
Qui, par un bruit confus diversement semée, 40
N'a porté ju-qu'à nous ces grands renversements
taire, qui voit en tout ce récit la < conversation familière de deux domestiques », qu'il ait presse les Parth is de fuir. » Presser a ici le sens du mot latin urgere, comme dans le vers du Cid :
Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur terre.
32. « Vtltaire ne veut pas qu'une couronne puisse Être ébranlée, corme un empire ou un trône. Une couronne chancelle quand le pouvoir esî ébranlé. » (M. Geruzez.) Pourtant, dans Serlo fus (IV, m), Corneille va plus loin, et parle, non plus d'une couronne, mais d'une tête ébranlée t
» Ma tète abattue ébranlerait la vôtre.
35. Ya>: « La reine, succombant sous de si prompts orages, K:i voulut à l'abri mettre ses plus cher- gages, Ses fils, encore enfants, qui, par un sage avis, Passèrent en Egypte où je les ai suivis, i 3G. Gages. Sens du mot latin pigru
88. Cléopâtre était iillo de Piolémée Philoraétor. Au temps dont il esl Ici
parlé, ce n'était pas son frère, mais son oncle, Ptolémée Évergèle il, qui
1 i n Egypte (A'ofe de l'édition ttégnie) l.
A Voltaire, qui, croyant à une faute d'impression, propose de substituer
élever a enlever, m. Geruz ■/. répon I avec raison : « il n'\ a pas de faute d'im-
n, pas plus ici que dans Racine [Brllannicus, IV, n) uù nous i -
Junie, enh vée à ht cottr, Devient en une nui L'objet de votre amour,
f C'esl un latinisme, rapsre ad, qui, dans i; dans Corneille, fait
amphib
40. « <'n ne dit pas yciitnr In renommée i (Voltaire.) AuksI hardi que Corneillo, Racine dit semer la plainte {UvilannicHS, I, iv), semer une nouvel h i Mit brida te, V, iv), semer deg discours U'kidre, II, t), semer la gloire, semer nn secret (Phèdre, II, ri; Àthalie, V, i). u ialins spargere et sera
t mi autant d'extension.
41, Yur. « Changeant de bouch i en i> luche, au lieu de vérités,
N'a porté jusqu'à nous que û I narre. \ t'en trois ni qu itre batailles,
ion nous réduisit a i ,
i i, les bat, ier effroi,
Il s'y coule n faux bruil tou haut la m tri du roi » (1647-60).