‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 320 sur 420 · Var. i Vous oserai-je ici découvrir na pensée · texte numérisé non relu

Var. i Vous oserai-je ici découvrir na pensée

Notre étroite amitié par ce doule est blessée » (1647-56).

Autant Voltaire a tort dans la plupart des chicanes grammaticales qu'il fait à

ANTIOCHUS

Parlez : noire amitié parce doute est blessée.

SIÏLEUCUS.

Hélas! c'est le malheur que je crains aujourd'hui.

L'égalité, mon frère, en est le ferme ;ippui, 410

C'en est le fondement, la liaison, le gage,

Et, voyant d'un côté tomber tout l'avantage,

Avec juste raison je crains qu'entre nous deux

L'égalité rompue en rompe les doux nœuds,

Et que ce jour, fatal à l'heur de notre vie, 415

Jette sur l'un de nous trop de honte ou d'envie.

ANTIOCHUS

Comme nous n'avons eu jamais qu'un sentiment, Cette peur me touchait, mon frère, également; Mais, si vous le voulez, j'en sais bien le remède.

SKLEUCUS,

Si je le veux! bien plus, je l'apporte, et vous cède 120

Tout ce que la couronne a de charmant en soi. Oui, seigneur, car je parle à présent à mon roi,

Corneille, autant il a raison quand il signale les obscurités de ce premier acte. « On ne sait point encore, observe-t-il, que c'est Séleucus qui parle. Il était aisé de remédier à ce petit défaut. » — En confiance, avec confiance, en toute confiance : « Parlez en confiance. » (f'ulcherie, II, iv.)

108. « J'aime que, dans cette tragédie où les bons sentiments disparaissent dans la mère, ils se retrouvent dans les deux frères, et que l'amour fraternel vienne nous dédommager de l'oubli de la tendresse maternelle. Ainsi les émotions douces et pures retrouvent leur ascendant, et le spectateur n'est point condamné au tourment de ne rien trouver qui soit digne d'estime et de pitié. 11 s'attendrit sur ces deux jeunes frères, qui, effrayés d'aimer tous deux Rodogune, et de se trouver rivaux, se promettent de ne jamais faillir à l'amitié fraternelle » (Saint- Marc-Girardin, Cours de littérature dramatique, i, 18.)

114. Corneille et ses contemporains suppriment souvent ne après le verbe craindre. Voyez la grammaire de M. Chassang, p 42.1-26.

115. Voyez sur heur la note sur le vers ^4 d.; la première scène.

116. « Pourquoi trop do honte? Y a-t-il de la honte à n'être pas l'atné? et, s'il est honteux de ne pas rogner, pourquoi céder le trône si vite? > (Voltaire.) « Il y a de li bonté, dit au contraire M. Geruzez, à descendre do L'égalité a un rang inférieur, et si les deux frères cèdent le trôno si volontiers, c'est qu'ils ont p!u ■ d'amour que d'ambition. » Il faut ajouter que, dans la langue de Corneille, le mot honte est loin d'avoir un sens toujours déshonorant. Rodrigue vainqueur dit au roi qui le comble d'éloges :

Que Votre Majesté, siro, épargne ma honte.

De même, en latin, lo sens du mot pudor est très largo.

121. Voltaire trouve i singulier » que Séleucus ait précisément la même jdée que son frère, mais avoue qu'il y a (beaucoup d'art » dans la façon dont cette situation est ménagée Ces mutuelles confidences des deux frères nous paraissent, à nous, non seulement bien amenées, mais fort naturelles, ils ont même franchise et même passion, c'est-à-dire môme désintéressement, même dédain pour toul ce qui nosl pas Rodogune, Comment pourraient-ils se renji ians se trouver tout d abord réui ri par la communauté d >i sentimonti et d i . par une généreu mutation dans le sacrifice?

Page 1